Pratiques journalistiques

Davanac (RTBF) : « Construire des espaces où se rencontrent différents contenus »

24-04-2009

Damien Van Achter – ou Davanac pour les adeptes de Twitter – est Community manager à la RTBF. Community manager… wadesda?
Mon principal objectif est de construire des espaces où se rencontrent différents contenus que l’on produit, d’une part, et que l’on reçoit de nos internautes, auditeurs, téléspectateurs, d’autre part. Une grande partie de mon travail consiste à mettre en place les outils qui permettront de générer des échanges entres ces contenus. Pour les différentes opérations de traitement de l’info que propose la rédaction de la RTBF, j’apporte les outils Internet qui me semblent intéressants. Des outils que je détecte grâce à une veille technologique permanente. L’émission « Intermédias » est un bon exemple. L’enregistrement de l’émision s’est fait dans l’après-midi et a été diffusé en direct sur sur le web. Les internautes avaient la possibilité de réagir en direct, via un chat modéré ou par le biais de Twitter. Les flux Twitter de ceux qui taguaient #intermédias étaient diffusés directement.

La RTBF a adopté une politique de modération a priori ou a posteriori?
La politique usuelle est de modérer a priori. Mais ce n’est pas toujours le cas. Pour Intermédias par exemple, les tweets n’étaient pas modérés a priori.
Ceci dit, si on doit évidemment garder le contrôle sur ce que nos rédactions produisent, il faudrait accepter que les réactions des gens ne soient pas contrôlées. Sinon on brise la réactivité et, selon moi, on étouffe toutes ces choses inattendues qui génèrent l’innovation.

Quels sont tes outils Internet préférés?
Twitter! Il a remplacé mon agrégateur RSS et constitue mon outil de travail principal. Si une info a une quelconque importance, elle y sera tôt ou tard. Et puis la sélection qui s’opère via ce filtre humain est nettement plus forte et plus riche. Et j’utilise aussi beaucoup Storytlr, Del.icio.us et mon blog.
Sur Twitter, je suis environ 1.200 personnes. Et c’est à peu près le même nombre d’internautes qui me suivent. Il faut bien sûr être prêt à suivre aussi bien en français qu’en anglais ou en néerlandais. Et il faut bien constater que, en Belgique, il y a plus à suivre en Flandre que du côté francophone.
Mon but est aussi de pouvoir écouter ce que l’on raconte sur les programmes de la RTBF. En principe, à chaque fois qu’on dit quelque chose sur nous, je suis au courant.

Quelle relation as-tu avec les journalistes TV/radio ?
La manière de travailler des journalistes RTBF est très structurée. Ce que je fais est un peu plus “bousculé”. Je passe beaucoup de temps à leur expliquer ce que je fais. Je leur donne aussi des sources qui sortent de l’ordinaire sur les sujets qu’ils traitent. Je n’impose rien à personne et je donne mon avis. Je n’ai jamais été dans une logique de « clash ». Quand je sens qu’il y a des choses possibles à réaliser, s’il y a des personnes intéressées, on les étudie et on voit ce que l’on peut faire. Et quand il y a une petite lumière qui s’allume dans le regard du journaliste auquel je soumets mes idées, c’est bingo! Donc, Il ne faut pas braquer les gens mais il ne faut pas perdre de temps non plus.
Il y a eu des moments de tension. Lorsque j’ai suivi Hillary Clinton lors de sa venue à Bruxelles par exemple (Damien Van Achter diffusait via Twitter de courtes infos et des videos, n.d.b). J’ai été critiqué, on disait que mon travail s’apparentait à du « Rémy Bricka ». J’ai dû travailler dans l’instantané, avec une petite caméra vidéo. Il n’y avait donc pas de recul. Je me suis dit que pour le recul il y avait le JT. En l’occurrence, mon suivi de la visite d’Hillary Clinton a quand même été le plus visité sur le site RTBF! Le plus important est d’être constructif et complémentaire.

Les journalistes Internet sont-ils considérés comme des “sous-journalistes”?
Ca a été le cas, mais les mentalités sont en train de changer. Pour preuve, la nouvelle structure de la rédaction intègre complètement le web. Cela fait maintenant partie du processus de se demander comment intégrer l’actualité sur internet.
Et la société des journalistes a demandé qu’un représentant des journalistes internet y soit présent.

Entretien : Arnaud Grégoire

© AJP 2014 // Association des journalistes professionnels // Maison des journalistes, rue de la Senne 21, 1000 Bruxelles // info(at)ajp.be // A PROPOS/CONTACT