Webdoc

David Dufresne : « Le webdoc, une belle porte de sortie »

30-05-2012

David DufresneDavid Dufresne, co-auteur du webdocumentaire Prison Valley, se définit à la fois comme journaliste « à l’ancienne » et réalisateur de webdocumentaires. Nous l’avons rencontré en marge du Millenium Webdoc, qui s’est déroulé début mai à Bruxelles. Revenant sur l’expérience de son premier webdoc, centré sur l’industrie de la prison aux Etats Unis (et qui fait aujourd’hui figure de référence en matière de webdocumentaire), il explique qu’il s’agissait « d’une rencontre entre des auteurs et des producteurs fous, et des développeurs qui ne dorment pas ». Plus de deux ans après son lancement, le projet poursuit sa vie en ligne, attirant de nouveaux visiteurs et commentaires. « Pour nous, c’est important. Maintenant, chacun est reparti sur d’autres projets qui donnent tout autant de liberté mais sans refaire ce que l’on a déjà fait », commente-t-il. Et s’il se refuse à définir ce qu’est un webdoc (« Je laisse aux académiciens le soin de le faire »), il nous livre son point de vue sur un format qui « bouleverse les codes ».

Quelles sont les lignes de force d’un webdoc ?

Il y a beaucoup de webdocumentaires qui n’ont rien de documentaire et qui n’ont même rien de web car ils sont plus proches du CD-Rom que d’autre chose. Il y a de très bons webdocs réalisés avec deux bouts de ficelle et d’autres très médiocres réalisés avec beaucoup d’argent. Je ne crois donc pas que l’argent soit le seul critère qui départagerait le bon du mauvais. Il ne s’agit pas de faire de la sous-télé, du sous-documentaire ou du sous-web : au contraire, il s’agit d’apporter une exigence de qualité comme il y en a dans le cinéma. Un webdocumentaire, c’est faire du documentaire non pas pour mais par le web. Ce qui signifie qu’il faut à la fois utiliser les codes du cinéma, éventuellement ceux des jeux vidéo, les codes narratifs qui existent depuis des millénaires et des technologies qui viennent de naître. Ce qui compte, c’est qu’il y ait toujours un propos. La place de l’internaute constitue un autre critère essentiel.


Avec le webdocumentaire, quelles nouvelles compétences devraient développer les journalistes ?

Philippe Brault, avec qui j’ai travaillé pour « Prison Valley », était un photoreporter qui avait commencé comme chef opérateur dans le cinéma. Au fil des jours, il s’est transformé en réalisateur de films. Moi, j’ai transformé mon métier de raconteur d’histoire, de journaliste, et je me suis retrouvé à être preneur de son et, de temps en temps, caméraman. Il se fait que je baigne dans le web depuis les années 90. C’est ma culture et j’adore coder mais je n’ai rien codé pour « Prison Valley » mais un dialogue de techniciens a pu s’instaurer. Ce qui est excitant, dans le webdocumentaire, est qu’il s’agit d’une nouvelle grammaire. C’est une belle porte de sortie que je préfère à un journalisme de flux tendu. C’est vrai que le métier change et si on va sur le web, on a intérêt à apprendre, à avoir envie d’être curieux sans suivre forcément ce que les consultants nous racontent en disant qu’il faut faire court et punchy. AU contraire, je considère que le web est une chance dans la mesure où on dispose à la fois de temps et d’espace.

Mais tout cela nécessite justement du temps et des moyens…

Oui, le temps est un luxe et l’ensemble nécessite des moyens. Il n’y a pas de solution miracle mais celle-ci est chère à mon cœur car c’est une solution où on peut bouleverser les codes. Le journalisme complice d’une logique de flux, de marque ou de communication, s’il continue, il est mort. Le webdoc est beaucoup plus positif, offensif et constructif. Oui, ça coûte cher et alors ? Ce n’est pas ça qui va nous empêcher de le faire !

Recueilli par Laurence Dierickx

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