Webdoc

Gerald Holubowicz : « Une nouvelle approche de la production et de la diffusion des webdocs »

23-05-2012

Gerald HolubowiczPhotographe de presse devenu journaliste « rich media », Gerald Holubowicz a démarré sa carrière en France avant de s’établir pendant 5 ans à New York. Interpellé par la crise du photojournalisme, il a publié « Sortir du cadre, un état des lieux dans lequel il interroge les perspectives d’avenir de la profession. « Je me suis rendu compte qu’il y a ceux qui cherchent à évoluer : on voit de plus en plus des photographes qui font de la vidéo ou qui passent au webdoc. Ce sont eux qui répondent à la crise de la presse et qui vont explorer de nouveaux horizons. Cette mutation de l’industrie de la photo et de la presse existe aussi dans l’industrie du cinéma et du documentaire. Depuis l’apparition du web, le monde bascule vers autre chose« , a-t-il souligné lors du Millenium Webdoc, festival dédié au webdocumentaire qui s’est déroulé début mai à Bruxelles.

« Depuis internet, les choses se sont accélérées et on ne peut pas rester sur de vieux modèles alors que tout évolue rapidement autour de nous. Pourquoi ne pas profiter des possibilités monstrueuses d’internet pour monter, financer, produire votre webdoc ou votre documentaire ? Dès le départ, il faut inclure la notion de retour sur investissement et en la matière, il ne faut pas hésiter à innover », estime Gerald Holubowicz. « Sur internet, il n’y a pas de frontières et on n’a pas besoin de passeport. C’est une aberration de se dire que son webdoc restera à l’échelle française ou belge. C’est important car penser global permet aussi de donner une vérité économique à votre projet : la première langue d’expression de votre webdoc devra être l’anglais, une langue internationale qui permet de s’ouvrir à une audience internationale la plus large possible et donc à un potentiel économique le plus large possible. Une histoire locale mais forte peut faire le tour du monde : à partir du moment où on a une histoire forte, qu’elle soit racontée en français ou en anglais, peu importe. »

« Vous êtes votre propre média »

L’accès aux moyens de création et de production constitue une autre barrière qu’internet a fait tomber. « Des outils permettent de créer très facilement ces contenus. Ca ne nécessite pas beaucoup d’investissement pour réaliser des petites expérimentations. Vous pouvez également développer à l’envi vos stratégies sur les réseaux sociaux : c’est gratuit. Et il n’est plus nécessaire de s’embarrasser d’une maison de production ou d’un diffuseur puisque vous êtes votre propre média », souligne Gerald Holubowicz, qui cite une série de plateformes qui permettent la diffusion de contenus à large échelle tels que Vodo (pour le partage de films) et Submarinechannel (plateforme de diffusion de projets transmédias).

Pour Gerald Holubowicz, les plateformes de crowdsourcing et de crowdfunding doivent constituer un choix « à 100% jusqu’au moment où, éventuellement, vous rencontrez un diffuseur. Une boîte de production disait récemment que le meilleur moyen d’assurer la diffusion de votre webdoc est d’abord de le faire. » Quant à la rémunération de l’auteur du projet, elle doit elle aussi être pensée dès le départ. « Le problème est de savoir quand on gagnera de l’argent avec son projet. »

« Trouver un modèle qui correspond à votre projet »

« Souvent, les projets se financent avec trois bouts de chandelle et le retour sur investissement se fait après la distribution », poursuit-il. « Toutes proportions gardées, il va falloir considérer que l’argent que vous allez utiliser pour réaliser votre webdoc ou votre création ne va pas venir de suite mais après l’exploitation. Comment faire ? Il existe plusieurs stratégies. Par exemple, vous éditez votre webdoc sur un site web et proposez sa version linéaire en téléchargement payant. Si vous avez bien préparé votre communauté via les réseaux sociaux, vous risquez d’avoir des surprises plutôt positives. Vous pouvez également soumettre votre format linéaire à la vente sur Itunes ou Amazon… Toutes ces plateformes payantes sont disponibles. Il faut juste trouver le modèle qui correspond à votre projet. Un certain nombre de plateformes vous permettent de préparer une audience, d’entretenir une attente par rapport à votre travail. D’autres plateformes vous permettent de produire certains éléments de contenu. D’autres encore vont vous permettre de diffuser des éléments linéaires. Votre site sur lequel est hébergé votre webdoc génère également du trafic. Si vous avez bien préparé tout ce qu’il y a avant, vous générerez du bon trafic. Vous pouvez faire parler de votre webdoc sur des blogs, des journaux en ligne… Vous pouvez créer des systèmes d’intégration (embed) qui vont se disséminer à travers la toile parce que des gens les trouveront intéressant et les placeront sur leur blog. Et ensuite, vous avez des plateformes qui vous permettent de récupérer de l’argent. Vous voyez qu’il y a là un système viable qui existe mais que personne ne met en place. »

Cette nouvelle approche, Gerald Holubowicz explique qu’il faut également l’appliquer côté production. « On peut devenir Shiva : savoir coder, faire de la direction artistique… On ne sera pas excellent dans tous les domaines mais on aura un langage commun pour travailler avec des professionnels et, au pire des cas, travailler à bas coût. »

Laurence Dierickx
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