Pratiques journalistiques

Hacks/hackers : quand le journalisme rencontre la technologie

18-04-2011

hacks/hackersLe développement des médias numériques et, parallèlement, de méthodes d’investigation journalistique qui font appel aux outils technologiques pose aussi les questions de la compétence technique des journalistes et des compétences journalistiques des programmeurs.
Raconter une histoire en tirant parti de l’expertise de l’un et de l’autre suppose ainsi de jeter des ponts, de ne pas travailler de manière cloisonnée. Aux Etats-Unis, l’université de l’Illinois a lancé une formation en journalisme pour les développeurs informatiques. Dans le sens inverse, si tous les journalistes ne doivent pas nécessairement apprendre les langages de programmation (le code), estime Alfred Hermina, formateur et ancien journaliste à la BBC, l’industrie des médias a besoin de « geeks », de gens mordus de nouvelles technologies pour développer de nouvelles formes de journalisme. (Source : « Les journalistes doivent-ils devenir programmeurs ? » par Benoît Raphaël)

Le réseau Hacks/Hackers, né il y a quelques mois à San Franscisco, s’inscrit dans cette perspective. Point de départ pour l’organisation de rencontres, de conférences et d’ateliers pratiques entre journalistes, graphistes, programmeurs et chercheurs, ce réseau s’est développé dans seize autres villes à travers le monde. Chez nous, la première réunion Hacks/ Hackers a été organisée en novembre à Bruxelles, et une conférence autour de Wikileaks a eu lieu à la mi-janvier. Instigateur de ces échanges d’un nouveau genre : le journaliste Damien Van Achter, pour qui les points communs entre un journaliste et un hacker existent bel et bien.

Lorsque le premier rend publics les dysfonctionnements d’un système et que le second met en ligne la description d’une faille informatique, écrit-il, « tous deux partagent le sentiment, sans doute subjectif (ce ne sont que des êtres humains, après tout, pas des machines) que ces failles, en plus d’être éventuellement illégales, étaient également ‘nocives’ et empêchaient le ‘bon fonctionnement’ de ces systèmes. »

Bien que le hacker jouisse le plus souvent d’une (très) mauvaise réputation, le journaliste estime toutefois que ce dernier « n’est pas forcément un sale type qui n’en veut qu’à votre carte de crédit (…). Hacker les systèmes, ce n’est pas de facto les corrompre. Pour l’immense majorité de ces bidouilleurs du web, c’est au contraire en comprendre le fonctionnement à un instant T et y déceler les portes ouvertes à l’innovation. (…) Leurs bidouilles ne marchent pas à chaque fois, parfois elles leur pètent dans les doigts et certains en usent à des fins illégales. Ce sont alors, et jusqu’à leur procès, des criminels présumés, au même titre que n’importe quel politicien, boulanger, policier, couvreur-zingueur qui dévoie un système à des fins personnelles. »

Pour Damien Van Achter, les rédactions vont-elles aussi devoir se mettre au hacking, qu’elles le veuillent ou non. Car « insérer une vidéo Youtube dans son papier et modifier son alignement (sa position sur la page web, ndlr), c’est du hacking. Modifier le template (graphisme, ndlr) d’un blog, c’est aussi du hacking. Publier une carte Google, c’est du hacking. Récupérer le tweet ‘Alea jacta est’ et l’afficher dans un bandeau déroulant, c’est encore du hacking. »
Et de conclure que si l’on considère le web comme l’une des voies d’avenir pour notre profession, les programmeurs, « ces poètes du code bienveillant, (…) sont sans doute vos meilleurs futurs collaborateurs. Leur place est au sein de vos newsrooms, fussent-elles virtuelles« .

(L. D.)

+ Plus d’infos via Twitter (@hackshackersbru) ou Facebook.com/hhbru

+ Lire l’intégralité du billet « Hack The Press » sur http://bloggingthenews.info

Article publié dans Journalistes n°123 (février 2011)

© AJP 2014 // Association des journalistes professionnels // Maison des journalistes, rue de la Senne 21, 1000 Bruxelles // info(at)ajp.be // A PROPOS/CONTACT