Pratiques journalistiques

Jean-Marie Charon : « Le web-journalisme, un processus en évolution »

12-05-2011

L’Ecole de journalisme de Lille (ESJ) organise, ces 12 et 13 mai, les « Journées du numérique » qui visent à examiner les pratiques émergentes du journalisme nées de l’évolution des outils technologiques. Mais avant d’examiner l’éventail de ces nouveaux formats numériques (webdoc, news games, journalisme collaboratif), Jean-Marie Charon, sociologue français spécialiste des médias, a introduit ces journées d’études en abordant la large question des médias à l’ère numérique. Morceaux choisis.

« La première manifestation de l’impact du numérique dans les médias traditionnels est celle de l’accélération du traitement de l’information, de la capacité à traiter l’événement en instantané. (…) Cette accélération pose le problème du référencement auprès des moteurs de recherche et conduit à la question du rapport au marketing. Il est difficile d’être référencé sans tenir compte d’un certain nombre de critères, souvent issus d’un travail de marketing. »

« Le numérique a permis d’alléger les structures des entreprises de médias, ce qui a eu – entre autres – un impact très direct dans l’activité des journalistes. On a fait remonter vers eux d’anciennes tâches telles que la saisie et la mise en page et, dans l’audiovisuel, le montage. Cet allègement des structures a eu pour autre effet de permettre une démultiplication des médias. On n’a pas toujours en tête que, il y a une trentaine d’années, le paysage médiatique à notre disposition était beaucoup plus réduit. »

« Sur internet, finalement, l’information journalistique n’est qu’un contenu parmi tant d’autres. Ce n’est pas le plus massif et ce n’est pas le plus rémunérateur. D’emblée, les médias traditionnels ont vu dans les nouveaux médias à la fois une menace pour leur modèle économique et, en même temps, une forme d’opportunité. »

« Aujourd’hui, il s’agit d’inventer des modes de traitement de l’info (…) On est face à un phénomène d’émergence de véritables formes originales, on parle de journalisme augmenté ou de ‘rich media’. Il y a aussi une transformation dans la conception de la formation du journaliste, qui doit être de plus en plus polyvalent et de plus en plus à même de travailler avec les développeurs. »

« Le journalisme participatif ou coopératif remet en question la conception de ce que c’est le journalisme, la manière de le pratiquer et la reconnaissance d’une spécialité journalistique nouvelle. »
« La question n’est plus ‘Y aura-t-il toujours une presse imprimée ?’ mais ‘Que mettra-t-on dedans ?’ Le risque de disparition de la presse écrite n’est pas impossible. Cela fait partie des hypothèses que l’on est obligé d’envisager car le modèle technique industriel de la presse a une forme de rigidité qui la rend vulnérable. »

« Le journaliste de desk auquel on identifie souvent le journaliste du web n’est pas une spécificité du web. Il y avait du journalisme de desk avant le web, et avec la même routine. »

« Des modèles très différents de journalistes cohabitent aujourd’hui. Certains ont peu de rapport avec la réalité concrète avec peu de travail de terrain mais, en revanche, avec une très grande maîtrise d’un certain nombre d’outils. (…) Je ne perçois pas le web-journalisme comme un phénomène unifié mais comme un processus en évolution. »

© AJP 2014 // Association des journalistes professionnels // Maison des journalistes, rue de la Senne 21, 1000 Bruxelles // info(at)ajp.be // A PROPOS/CONTACT