Economie/stratégies

La foire aux modèles économiques

04-01-2011

Quel(s) financement(s) et quelle(s) règle(s) déontologique(s) pour garantir une information de qualité dans les médias en ligne ? Le rapport « Médias : nouveaux modèles économiques et questions de déontologie » ne répond pas à ces questions de manière univoque. Les médias numériques cherchent encore leur modèle, dans un contexte où s’affrontent gratuité de l’info et logique marchande. Dès lors, confrontons les expériences ! C’est ce qu’ont fait les journalistes français Philippe Couve et Nicolas Keyser-Bril, avec la collaboration d’une jeune journaliste basée à Londres, Marion Senant, dans ce rapport de 31 pages (hors annexes) rendu public en novembre dernier.

Les auteurs ont interrogé une trentaine de médias en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique. Et il existe quasiment autant de modèles qu’il y a de médias. Il y a ceux qui ont renoncé à employer des salariés ou qui cherchent à comprimer les coûts de production de l’information en faisant appel au bénévolat – à l’instar du site ukrainien h.ua (à prononcer High Way) qui produit des contenus journalistiques sans employer de journalistes à temps plein ; ceux qui offrent leurs contenus selon un équilibre gratuit-payant – gratuit « d’utilité publique » et payant par abonnement pour des contenus à valeur ajoutée comme sur le site Arrêt sur images ; ceux qui diversifient leur offre pour financer les contenus journalistiques qu’ils proposent en ligne gratuitement – Rue 89 et Owni tirent une partie de leurs revenus de prestations liées au journalisme et à la communication sur le web ; ceux qui s’inscrivent dans une logique de service public comme la BBC, financée par des fonds publics ; ou ceux encore qui s’appuient sur le mécénat et les subventions privées.

Quant aux rémunérations des journalistes, elles ne proviennent plus de la seule entreprise : sur Spot.us, les internautes contribuent au financement d’enquête journalistiques ; le site Suite101.fr rémunère quant à lui ses rédacteurs/contributeurs en fonction de la performance publicitaire de leurs articles !

« A la recherche de modèles économiques si possibles stables et pérennes, les médias présentés ici tentent, pour nombre d’entre eux, d’élargir le périmètre économique de leurs activités. Cette extension de leur spectre d’action peut faire surgir des conflits d’intérêt« , écrivent les auteurs, qui s’attachent ensuite à déterminer quelles réponses donnent les médias étudiés aux préoccupations déontologiques. De chartes ou codes adaptés à l’entreprise à la sagesse de l’expérience en passant par… pas de déontologie du tout : là aussi, il existe autant de pratique que de médias. Et les auteurs de conclure notamment que « le choix d’un modèle d’affaires n’est pas sans conséquences sur l’activité éditoriale et les conditions dans lesquelles ils s’exercent. Force est pourtant de constater que l’encadrement déontologique des nouvelles pratiques et/ou activités n’a pas fait l’objet d’une attention aussi soutenue que celle portée au modèle économique« .

L. D.

+ Le rapport « Médias : nouveaux modèles économiques et questions de déontologie » a été réalisé à l’initiative de l’Alliance internationale des journalistes, avec l’appui de l’Initiative internationale pour repenser l’économie. Il est en téléchargement sur le site Journaliste et entrepreneur.

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