Webdoc

Le webdoc, entre auteurs et journalistes

04-06-2012

Dans le cadre du festival Millenium Webdoc à Bruxelles, deux journées étaient consacrées à des débats et présentations de projets pour mieux faire connaître ce nouveau genre narratif.

Article publié dans Journalistes n°137 (mai 2012)

Des scissions apparaissent déjà dans la famille, récente et innovante, du webdocumentaire. Les puristes, orientation documentaire, y voient surtout
l’expression du regard d’un auteur sur le réel. En face d’eux s’affirment les journalistes qui défendent leur mission d’informer également via cette nouvelle forme de narration.

Ces différents points de vue se sont opposés lors d’un débat organisé dans le cadre du festival Millenium du webdocumentaire à Bruxelles. Dès les premières tentatives visant à décrire le webdocumentaire, des divergences sont apparues. Le webdoc part du réel ; ça,
tout le monde l’accepte. Ensuite prend place, soit le regard personnel de l’auteur, soit le travail d’analyse du journaliste.

Pour défendre ces tendances : Patric Jean, (Black Moon production) et Philippe Laloux (lesoir.be). L’auteur défend un point de vue, qui peut être subjectif, personnel, engagé ; le journaliste doit répondre à des règles éthiques, déontologiques, afin d’informer au mieux son public. Même s’il utilise parfois des méthodes de narration empruntées à la fiction. Pour comparer
les approches, voir : Gaza-Sderot, Le corps incarcéré, cité des mortes.

Ne faudrait-il pas trouver des termes différents pour décrire ces deux genres ? Certains le préconisent. Ou alors, on peut considérer le webdocumentaire comme un outil technique, de narration, pour décliner tout type de message. La publicité commerciale et la communication
institutionnelle s’en servent déjà.

S’il séduit tant de secteurs, c’est parce qu’il offre une multitude de possibilités. Le webdoc permet surtout une lecture multiple d’un même événement. Comme les vitraux des églises le proposent déjà depuis la nuit des temps, a signalé Abel Carlier, de l’Ihecs. Plus récemment,
il y a eu les CD-Rom qui ont donné un peu d’animation à un contenu figé. Puis les infographies qui ont soigné la présentation.
Le webdocumentaire a poussé plus loin encore la lecture éclatée. Alors que, dans nos sociétés, tout notre apprentissage
est linéaire : on part d’un point pour aboutir à un autre. Dans le webdoc, pas forcément. Il intègre davantage la culture du zapping. Un texte peut déboucher sur du son et de l’image, puis basculer vers de la vidéo, au gré des messages à transmettre ou de la fantaisie
de l’auteur. C’est l’internaute qui choisit. Mieux : qui interagit. Car son intervention change le sens de la
« lecture ». Elle peut même interférer dans la réalisation du sujet.

Un webdocumentaire est généralement vivant, il peut évoluer en fonction de remarques, de précisions, d’informations fournies par un internaute. Et c’est surtout cela qui en fait un outil novateur. Le savoir se partage. L’internaute ne devient pas un auteur, mais peut jouer un rôle d’acteur. La RTBF expérimenta d’ailleurs la formule, avec un appel à participer à un projet pilote intitulé « Prince Charmant », qui s’élaborera avec le
public.

« Placer le spectateur dans le récit peut tout bouleverser, insiste Patric Jean, cela permet aussi de regarder le monde autrement« .

Jean-Pierre Borloo

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