Pratiques journalistiques

Pratiques de l’écriture numérique en Belgique francophone

20-02-2012

Amandine Degand - UCLComment les journalistes francophones pratiquent-ils l’écriture numérique au quotidien ? Dans le cadre de son doctorat à l’Université catholique de Louvain (UCL), Amandine Degand (photo) a enquêté pendant 56 jours en immersion dans 11 rédactions (à l’exception de Metro et des télés locales) de fin 2009 à début 2010. En janvier 2012, elle actualisait son enquête par le biais d’une série d’entretiens téléphoniques. Elle en a présenté les grandes lignes le 9 février, lors d’un atelier organisé à l’occasion du 20e anniversaire de l’Observatoire du récit médiatique.

« Une dizaine de minutes par dépêche »

« Dans un souci d’économie, les rédactions ont essayé d’éviter d’envoyer deux journalistes pour couvrir un même sujet. Le résultat est que ce sont les journalistes web qui se sont retrouvés enfermés dans les rédactions« , explique Amandine Degand. « Malgré cette restriction de l’activité d’écriture, dans plusieurs rédactions web de Belgique francophone, j’ai été témoin d’une véritable volonté de voir ce travail d’écriture s’accroître, de permettre aux journalistes d’aller sur le terrain et d’écrire un peu plus mais il y a un manque de moyens pour la réalisation de cette ambition. Du coup, on peut constater un phénomène de démotivation assez palpable parmi certains journalistes web. »

En moyenne, affirme la chercheuse, les journalistes passent « une dizaine de minutes pour traiter les dépêches d’agence. Certains passent de 2 à 4 minutes et, au pire, certains changent juste le titre. Certains journalistes confient qu’ils ne lisent pas forcément les dépêches qu’ils traitent et, s’il y a des fautes, elles y restent. En même temps, ils ont conscience que cette pratique est peu glorifiante et certains regrettent de travailler comme ça. L’un d’entre eux a même utilisé le terme de ‘petit journalisme’ « .

L’influence de logiques commerciales

Amandine Degand observe également que les pratiques d’écriture en ligne intègrent des logiciels de mesure d’audience et des logiques commerciales « qui influencent non seulement le choix de sujet à traiter mais aussi la mise en mots de ces sujets. » Les journalistes qu’elle a interrogés estiment que l’écriture en ligne devrait être « brève, aérée, compréhensible, accrocheuse, factuelle, réactive et libre. Pour beaucoup de journalistes, cette liberté se traduit par un ton décalé qui devrait être de mise sur le web. »

Ecouter des extraits de l’exposé d’Amandine Degand :

A l’époque de sa première enquête, les journalistes parlaient beaucoup d’un web qui « permettait d’inventer. Deux ans plus tard, ils semblent tous perplexes par rapport à cette notion. Ils n’ont pas le sentiment d’avoir inventé une forme d’écriture mais d’avoir profité d’outils préexistants pour raconter des histoires. Un autre constat, en 2012, c’est que la production propre pour internet a augmenté dans presque toutes les rédactions. » (L.D.)

+ En savoir plus : Le multimédia face à l’immédiat. Une interprétation de la reconfiguration des pratiques journalistiques selon trois niveau » par Amandine Degand

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