Pratiques journalistiques

Réseaux sociaux : « Des lieux de discussion, pas d’information »

23-12-2011

L’édition de décembre du mensuel Journalistes
consacre son dossier à l’usage des réseaux sociaux dans les rédactions (télécharger le dossier ici). Le relevé des pratiques codifiées dans des rédactions en France et aux Etats-Unis, l’avis en la matière rendu l’an passé par le Conseil de déontologie journalistiques (CDJ) et le coup de sonde dans les rédactions des médias belges francophones se complètent pas un regard extérieur : celui du formateur.


Cédric Motte est journaliste web. Depuis trois ans, il dispense des formations pour l’Association mondiale des journaux (AMJ-WAN). C’est ainsi qu’il a déjà rencontré – entre autres – les journalistes du Temps en Suisse, du Télégramme en Bretagne, celles de L’Express et du Figaro en France, et celle du Soir en Belgique. Il est également l’auteur d’un blog consacré aux ressources et outils de qualités utiles aux journalistes et aux blogueurs, NewsRessources.

Lorsqu’il utilise un réseau social, de quoi le journaliste doit-il tenir compte?

En premier lieu, les réseaux sociaux sont des lieux de discussion, pas d’information. On s’y retrouve face à des personnes qui discutent. Il peut bien sûr en émerger certains éléments “informatifs”, mais ce n’est pas la règle. Il ne faut pas tant chercher des infos que des témoins. D’où l’absolue nécessité de valider ce qu’on y lit.

Les réseaux sociaux – notamment Twitter – sont aussi des outils de reportage. Quand on « tweete » un événement auquel nous assistons, nous « reportons » ce que ne peut voir ou entendre le lecteur.

Etes-vous partisan des codes encadrant cet usage dans les rédactions?

Je ne suis pas favorable au balisage car ce qui doit prévaloir, c’est le bon sens. C’est-à-dire, par exemple, de ne pas publier des choses que l’on ne publierait pas dans le journal. Et encore…. Mais on peut être moins sérieux sur un réseau social, c’est un espace de liberté. Je n’arrive pas à voir pourquoi le discours d’un journaliste devrait être encadré, formaté lorsqu’il s’exprime sur un réseau social. Il y a en outre la manière dont on se présente. L’idéal, serait d’avoir deux comptes : personnel et professionnel. L’emploi d’un pseudonyme pourrait constituer une alternative pour se sentir plus libre mais le risque que l’on découvre votre véritable identité est colossal !

Les réseaux sociaux sont-ils devenus un format du web?

En tant que tels, les réseaux sociaux ne sont pas un format au sens propre, je les garderais dans la catégorie “outils”. Mais ils permettent de traiter l’info sous plusieurs formats, comme le direct ou le travail en commun.
Par ailleurs, il y a énormément de formats à exploiter en ligne. France Télévisions vient de lancer un site d’information, dont la page d’accueil peut paraitre un peu bizarre, qui répond au besoin d’être informé en permanence via un flux d’info. La rédaction d’un magazine n’est pas organisée pour suivre l’info en continu. Une bonne alternative est de proposer à ses lecteurs une revue de web : il n’y a pas de création mais bien une sélection et une hiérarchisation. C’est une logique de recommandation.
Outre l’info en continu, il y a le traitement d’un sujet sur un temps long. Pour moi, l’un des bons formats, c’est le blog. C’est une manière de sortir de la logique de l’actualité disponible sur le champ. Sur un blog, on peut faire autre chose que ce l’on ferait pour un support papier.

Recueilli par Laurence Dierickx

Photo : Philippe Turpin/Belpress.com

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