Recherches et analyses

Un bilan du journalisme en ligne

10-05-2013

Dans quel contexte évolue le journalisme en ligne ? Avec quelles spécificités ? Réponses et analyses d’un ouvrage collectif.

Journalisme en ligne, recherches et pratiquesSi les premières ébauches du journalisme en ligne remontent aux années 1970 (on parlait alors de banques d’information, de journaux électroniques et de journaux télétextes), il a fallu attendre le début des années 2000 et le développement du web pour que celui-ci prenne son essorL’intégration des rédactions, la recherche d’un modèle économique et la naissance de nouveaux formats d’écriture en sont les principales caractéristiques. Au sein des journaux « traditionnels », l’arrivée du web n’a pas été sans poser de nombreuses questions relatives tant aux conditions d’exercice du métier qu’à son éthique et à sa pratique. Journalisme en ligne. Pratiques et recherches, un ouvrage collectif publié sous la direction d’Amandine Degand et de Benoît Grevisse et (Ecole de journalisme de
Louvain), décortique, en 364 pages, cette révolution médiatique.

Que l’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas d’un manuel de journalisme en ligne, détaillant les processus d’écriture numérique pas à pas. Ici, il est question de proposer une synthèse inédite des nombreuses études qui abordent le phénomène.

Dans une enquête menée en 2008 auprès de 750 journalistes professionnels, Céline Fion (UCL) relevait que 30% de l’effectif des rédactions web étaient âgés de moins de 30 ans. Des rédactions jeunes qui sont en outre organisées différemment : « la plupart des grands sites belges structurent leurs équipes en deux shifts, un shift du matin (de 6/7h à 14/15h) et un shift du soir (de 14/15 à 21-22h). (…) Het Persgroep envoie des correspondants à Sydney ou à Montréal afin d’étendre sa couverture aux heures nocturnes grâce au décalage horaire. »

A L’Echo, l’organisation est particulière, note Amandine Degand : « Les responsables se sont inspirés du modèle du Financial Times et
du Daily Telegraph (…) : la rotation du personnel de l’ensemble de la rédaction aux postes du web. »

Les spécificités du métier

Une autre caractéristique de l’information en ligne, c’est son audience, explique Yves Thiran (RTBF-UCL). Les outils audimétriques, écrit-il, « jouent un rôle central » aujourd’hui alors que « dans le passé, la production de l’information s’est souvent accompagnée d’une grande indifférence à
l’égard du public. »

L’introduction du SEO – initiales faisant référence aux techniques d’optimisation pour les moteurs de recherche – dans les techniques d’écriture journalistiques témoigne de cette importance. L’auteur met toutefois en garde : « Si le logiciel devient progressivement le moteur de la décision éditoriale, c’est une autre vision qui pourrait s’imposer : celle d’un journalisme électroniquement asservi au seul impératif économique. »

La fiabilité de l’information et son processus de vérification/validation sont également traités dans cet ouvrage. De même que le journalisme participatif et les réseaux sociaux. Et comme dans toute tâche journalistique,
l’éthique et la déontologie professionnelle en constituent les fondements.
Benoît Grevisse (UCL) et Daniel Cornu observent à ce propos une démission journalistique (phénomène du buzz) mais aussi des renouveaux. D’abord avec les blogs (retour à la fonction politique du journaliste), ensuite avec un retour à l’analyse de données et à l’investigation.

Un important chapitre est également consacré au droit des nouveaux médias.

L. D.

Article publié dans Journalistes n°145, février 2013

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