Webdoc

Un premier webdoc en ligne dans un média francophone

15-12-2010

Depuis le 15 décembre, LeSoir.be diffuse le webdocumentaire Le Bonheur brut réalisé par le journaliste indépendant Arnaud Grégoire. Un premier pas du genre dans un média d’information en Belgique francophone et, aussi, pour l’auteur du projet. Entretien.

AJP : Pourquoi avoir choisi le format webdoc ?
Arnaud Grégoire : Le Bonheur brut traite des indicateurs alternatifs de richesse. Pourquoi courir toujours après la croissance, alors qu’elle ne fait pas le bonheur ? Le sujet est complexe et, a priori, rébarbatif, il s’agit de macro-économie. Le webdocumentaire permet d’aborder dans un même temps des facettes très différentes du sujet car l’info est éclatée en réseau plutôt qu’en une narration linéaire. L’internaute peut donc « picorer » l’information qui l’intéresse et découvrir le sujet à travers différents médias (dessin animé, vidéo, textes de références, etc.) Le genre permet aussi de construire un documentaire de manière participative.

AJP : Comment impliquer les internautes dans un projet webdocumentaire ?
A.G. : Le webdoc a un très grand potentiel pour la vulgarisation. L’un des objectifs du projet était de remettre à portée de tous les discours économiques. Plusieurs dispositifs étaient pensés pour impliquer l’internaute. D’abord le blog, que l’on aurait pu utiliser beaucoup plus d’ailleurs, qui faisait régulièrement appel à réagir, à poser des questions, voire à venir interviewer. Et puis le webdoc lui-même, avec une construction par étage qui laisse libre de re-construire son documentaire. Le premier étage, a priori plus accessible car fait de dessins animés, ouvre la possibilité d’aller au deuxième étage et de voir les mini-reportages vidéo ou de creuser certains sujets en cliquant sur les liens « Ressources », par exemple.

AJP : Quels sont les enjeux du genre ?
A.G. : Un premier enjeu est évidemment le financement. Si l’on est pas dans une démarche entièrement subsidiée et qu’on doit au contraire être rentable, il faut intégrer l’aspect financier dans la conception du webdocumentaire, au même titre que l’aspect journalistique et esthétique. Le web documentaire peut être un des formats de diffusion d’un documentaire qui sera décliné en d’autres formats plus classiques et plus « rentables ». Ce qui a été fait pour Prison Valley, par exemple.
Un autre enjeu me parait être celui du journalisme, qui ne doit pas s’effacer derrière le déploiement technologique que nécessite un webdoc. C’est le fond, l’enquête, l’information qui doivent primer. Or la tentation est grande de mettre beaucoup de moyens dans une interface très esthétique ou très technologique, ce qui a tout son sens pour d’autres métiers – des artistes par exemple – mais moins dès lors qu’il s’agit de journalisme.
Avec le web doc, les nouveaux médias nous posent une fois de plus la question quasi existentielle de ce qu’est au fond le journalisme. Et c’est très salutaire, je trouve, car c’est en plongeant dans un projet comme « Le bonheur brut » qu’on parvient à mettre clairement en évidence la valeur ajoutée de notre métier.

Entretien : Cécile Wlaschaerts

Le Bonheur brut
Réalisation : Arnaud Grégoire
Dessin et musique : Matthieu Safatly
Montage : Ken Rawlinson
Studio Katch’a ! – www.katcha.be – 2010

→ http://blog.lesoir.be/bonheurbrut/le-webdocumentaire/

Ce projet a bénéficié du soutien du Fonds pour le journalisme en Communauté française de Belgique

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