Webdoc

Webdoc : innover aussi dans le financement

14-05-2012

A mi-chemin entre les modèles du documentaire et du journalisme d’investigation, le financement d’un webdocumentaire cumule les handicaps d’autant qu’il coûte plus cher à réaliser en raison des compétences supplémentaires auxquelles il faut faire appel pour le développement sur le web. « Un paradis pour les journalistes, un enfer pour les producteurs. On vit quelque chose d’innovant mais il faut repenser les modes de production », résumait le producteur français Marc Lustigman (Darjeeling – ci-contre) le 5 mai dernier, lors du Millenium Webdoc, festival dédié au webdocumentaire, à l’espace Senghor (Bruxelles).

Le webdocumentaire se cherche encore, tant dans ses nouvelles formes d’écriture que dans son financement. Pour Marc Lustigman, producteur (Darjeeling), ce que sera un webdocumentaire dépendra en premier lieu de son histoire « car raconter des histoires, c’est la raison d’être de notre travail. L’histoire va dicter la progression de l’expérience et on partira de celle-ci pour réfléchir à sa distribution, à son développement interactif, la manière dont il va se propager sur internet. Le débat du linéaire et du non-linéaire est un débat qu’on a envie de dépasser parce que ce qui prime, c’est l’expérience. Je ne suis pas sûr qu’une histoire linéaire ne fonctionnerait pas. On est toujours dans une dynamique de réflexion et d’acquisition des compétences. » Pour vendre un projet, l’un des arguments essentiels, selon lui, concerne l’audience. « On se trouve sur le web qui est principalement un agrégateur de médias de niches et les distributeurs sont sensibles à la manière d’élargir l’audience. »

Ecouter un extrait de l’exposé de Marc Lustigman :

 

Financement et mariage des compétences

La bête noire des producteurs reste le financement car « c’est du documentaire et du web. Tout ça nécessite des ressources et du temps avec des budgets qui ne sont pas extensibles. On nous demande de produire des webdocs hyper qualitatifs et d’être à la pointe de l’innovation sans que les budgets suivent nécessairement. » En France, les budgets pour la réalisation d’un webdoc vont de 20.000 à 430.000 euros et la presse en ligne est celle qui investit le moins (près de 3 fois moins que les ONG, 11 fois moins qu’Arte – chiffres du Centre national français du cinéma et de l’image animé, image ci-contre).

Un autre enjeu, souligne-t-il, est celui du « mariage des compétences. On est à la rencontre entre deux mondes : celui du documentaire et celui de la création web. Ces mondes ne se fréquentent pas et n’ont pas l’habitude de dialoguer. Notre rôle, en tant que producteurs, c’est celui d’une marieuse. C’est nécessaire et on se rend compte que ça fonctionne. Il y a des compétences, des connaissances techniques à acquérir. On peut traîner sur internet en se disant que ça fait partie de notre métier : il faut observer ce monde qui bouge très vite. Je suis aussi persuadé qu’il y a plein de bonnes idées à aller chercher dans celui de la publicité. Il faut encourager et développer la curiosité : même si l’on peut penser qu’il s’agit de deux approches différentes, il y a un point de convergence : la créativité. » Avant de conclure : « Notre désir c’est de faire bouger les choses, d’innover. Un webdocumentaire, c’est une super carte de visite. Ca permet de se faire une petite place, parce que ce n’est pas pour faire de la marge qu’on fait du webdoc. » (L. D.)

Dans les favoris de Marc Lustigman :

» Submarine Channel (webdocs, projets transmédias, documentaires…) :
www.submarinechannel.com

» Innovative interactivity (forum pour producteurs multimédias, webdéveloppeurs et professionnels des nouveaux médias) :
www.innovativeinteractivity.com

» Webdocu.fr (narration connectées, multimédia et interactives) :
http://webdocu.fr

Wired (magazine américain axé sur les nouvelles technologies) :
www.wired.com/

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