Le mercredi 25 juin 2008, 13 journalistes ont assisté au débat organisé de
13h00 à 14h00 par l'AJP Bruxelles-Brabant sur "le journalisme avant et après
internet", une rencontre animée par Damien
VAN ACHTER (RTBF) en compagnie de Ricardo
GUTIERREZ (Le Soir), Denis
BALENCOURT (Belgacom/Skynet) et Baudouin
VAN HUMBEECK (Somebaudy).
"J'avais préparé quelques chiffres et des statistiques sur l'univers d'internet
et les journalistes mais je préfère finalement vous épargner ce déballage
afin de parler des questions plus concrètes qui affectent notre profession.
Bien sûr, l'arrivée d'internet a bouleversé notre manière de faire du journalisme
et l'information. Bref sur la nouvelle manière de voir le monde.
Des freins existent dans toutes les rédactions face aux changements mais j'espère
que ce type d'initiative permettra de trouver des terrains de rencontre entre
les blogueurs et les journalistes afin qu'on puisse chacun profiter de l'apport
de l'autre pour améliorer sa manière de traiter l'information", a déclaré
Damien Van Achter en guise d'introduction pour passer ensuite la parole au
premier intervenant.
Denis
Balencourt, spécialiste des études de marchés chez Skynet
(Belgacom) et observateur critique de l'évolution méta-médiatique, affirme
avoir commencé à bloguer sur internet dès 2003. "Je me suis rapidement
rendu compte que j'étais régulièrement sourcé par la presse traditionnelle
et plus particulièrement par les quotidiens L'Echo
et La Libre Belgique.
J'avais ainsi la preuve qu'il existait des journalistes qui lisaient des blogs.
Je bloguais par plaisir et mes informations débouchaient parfois sur des articles
de presse. Avant internet, j'avais un regard très négatif sur les journalistes.
Pour moi, le journaliste était un personnage qu'on ne pouvait pas corriger
quand il écrivait des conneries dans son journal et quelqu'un de relativement
inaccessible. Aujourd'hui, mon regard a complètement changé car je considère
différemment les journalistes qui osent affronter leur lectorat et qui ressentent
le besoin de suivre les réactions provoquées par leurs articles. Aujourd'hui,
un journaliste, c'est quelqu'un qui a un nom et une signature."
S'attardant également sur l'évolution rapide des médias en ligne, Denis Balencourt
précisera que "si on mesure les audiences des grands médias belges en
ligne, on constate que 7sur7.be
arrive en deuxième position dans le classement alors que cette marque
était totalement inexistante il y a à peine deux ans. A l'heure où on parle
plus des titres qui disparaissent que ceux qui apparaissent, voilà une évolution
qui montre l'importance d'internet et la rapidité à laquelle on peut lancer
un projet médiatique de grande envergure. Il existe également des journalistes
dont la notoriété en ligne dépasse largement ce qu'il était dans la version
papier du journal, un bon exemple est le cas du correspondant de Libération
Jean
Quatremer."
Baudouin Van Humbeeck, qui se définit comme "un mercenaire de la chose
écrite", a attéri dans le monde du blog en 2002/2003 après avoir décroché
un prix dans un concours de scénario. "Comme l'appétit vient en bloguant",
il a multiplié ses faits d'armes en offrant un regard décalé sur le monde
politique et le traitement médiatique. Rescapé de "la brigade des bloggueurs"
pour couvrir les coulisses d'une soirée électorale pas comme les autres, Baudouin
Van Humbeeck aiguisera sa fine plume politique en lançant le blog Orange-Bleue.info,
juste après les dernières élections législatives.
"L'idée était de publier une photo par jour aux couleurs
de l'Orange-Bleue le temps que le nouveau gouvernement soit mis sur pied. Si
j'avais su que j'en avais pour plus de 135 jours, je ne suis pas sûr que j'aurais
commencer l'expérience", ironise-t-il.
"J'ai suivi l'ensemble des négociations à Val Duchesse en essayant de proposer
autre chose que le traitement classique des journalistes télévisés. Mais dès
que la discussion a été transférée au Parlement, il est devenu plus difficile
de continuer. Ma vie a changé quand j'ai rencontré Michel. Michel,
c'est le chef de la sécurité du Parlement qui vous refuse l'accès aux tribunes
journalistes si vous n'avez pas de carte. L'expérience m'a traumatisé et j'ai
continué à faire des commentaires en utilisant d'autres techniques. Cette manière
de faire est totalement incompréhensible quand on sait que déjà en 2004 des
blogueurs américains étaient accrédités pour écrire des posts à propos des conventions
des Démocrates et Républicains!"

Après
déjà 18 ans de métier comme journaliste au
Soir,
Ricardo Gutierrez s'amuse à rappeler qu'il a commencé à bloguer "
le même jour
que le Président iranien Mahmoud Ahmedinejad". "
Molenews
ambitionne d'être, de manière tout à fait modeste, un observatoire des pratiques
journalistiques en Belgique. Je ne pense pas que l'arrivée d'internet ait fondamentalement
changé le travail du journaliste. L'apparition des blogs et d'autres supports
en ligne ajoutent simplement une source supplémentaire nouvelle au carnet d'adresses
du journaliste mais son travail de recoupement et de vérification restent le même.
Plusieurs collègues du service politique au Soir lisent
régulièrement les blogs politiques et tentent d'intégrer ces nouvelles à leur
travail traditionnel. Bien que peu suspect de technophilie, je considère les
blogs comme de nouvelles sources d'informations importantes dans le travail
d'un journaliste tout en sachant qu'il convient de recouper les informations.
Pour donner un bon exemple, je viens de voir que boulettemoutarde.blogspot.com
lance un nouveau scoop en annonçant que le bureau de poste du Parlement va également
être supprimé par La Poste et que ce sont les députés MR qui protestent le plus
face à cette politique de libéralisation. Personnellement, je peux dire que
l'interactivité a changé ma pratique du journalisme. Je pense plus aux lecteurs
depuis que je blogue.
Mon blog est volontairement totalement indépendant des sujets que je traite
pour le journal, c'est plus un engagement perso ou une passion qu'une chronique
journalistique. La réaction de mon journal a été assez ambivalente, à l'image
de la relation amour-haine entre les journalistes et les blogueurs. J'ai d'abord
été convoqué devant une quasi Cour martiale pour justifier mon blog face à la
rédaction, puis après la rédaction m'a demandé si je ne voulais pas intégrer
mon blog sur le site du journal."

Intervenant
à partir de la salle, Mateusz Kukulka (journaliste à la DH) a expliqué qu'il utilisait
régulièrement "tweeter" pour écrire ses papiers : "
Je travaille sur des projets
d'articles et j'explique ce que je suis en train de faire aux gens qui me lisent.
L'intérêt est que les lecteurs peuvent parfois participer à la fabrication de
l'information. Ainsi, j'étais un jour à la rédaction et je devais rapidement écrire
deux papiers sur des infirmières. J'ai écrit que je cherchais des infirmières
à interroger et en seulement quelques minutes, j'avais déjà plusieurs numéros
de GSM de contacts à appeler. C'est très pratique car internet m'aide à faire
mon travail de journaliste."
Jean-Pol Hecq (RTBF) a interpellé les orateurs en s'interrogeant
sur l'intérêt de créer un blog. "
A part faire rire des copains et passer
son temps derrière un écran, quelle est votre motivation pour tenir un blog
?"
"
Faire du réseautage, partager ses atouts pour ensuite profiter du savoir-faire
des autres", répondra rapidement son collègue Damien Van Achter.
Quant à Philippe Laloux, responsable du
Soir
en ligne, il estime que "
le journaliste doit intégrer les blogs et les
supports en ligne dans ses sources d'information en suivant les flux RSS et
les alertes. Le journaliste doit également apprendre les pratiques des internautes
pour pouvoir les utiliser à son tour. Si un blogueur est présent sur les lieux
lors d'un crash aérien, il devient immédiatement journaliste et fournisseur
d'informations car le problème principal dans notre métier reste toujours l'accès
aux sources."
Le débat avait lieu dans la salle Passage du Résidence Palace à Bruxelles avec
ordinateur branché sur internet et projecteur grand écran. Du coup, certains
petits malins n'ont pas hésité à envoyer des petits commentaires en direct (tweets)
en plein débat court-circuitant ainsi les rires et les réactions des orateurs.
Rendez-vous à la rentrée pour une nouvelle saison de rencontres-débats et des
formations !