Recommandations
en matière d'information relative aux personnes
issues de l'immigration
L’étranger
de moins en moins stigmatisé
28/02/07
Nos médias, de bons élèves
en matière de déontologie lorsqu’ils
traitent de sujets relatifs aux "allochtones"
? Voici les conclusions de l’étude menée
conjointement par l’Observatoire du récit
médiatique (ORM) de l’Université
catholique de Louvain (UCL) et le Groupe de travail
"sciences de la communication" de l’Université
de Gand, à la demande du Centre pour l’égalité
des chances et l’AGJPB. Elles ont été
rendues publiques le 28 février 2007, au Résidence
palace.
Comment nos médias parlent-ils des personnes
étrangères ou d’origine étrangère
? Stigmatisent-ils ces "minorités visibles"
? Ou, au contraire, traitent-ils les informations les
concernant comme n’importe quelle autre information
? A ces questions, l’Association générale
des journalistes professionnels de Belgique (AGJPB)
et le Centre pour l’égalité des
chances et la lutte contre le racisme (CECLR) ont répondu
une première fois, en 1993.
A l’époque, les deux organismes confient
une mission d’étude sur le sujet à
l’Université de Gand. Dans la foulée
de ses résultats, ils formulent une série
de recommandations
visant "à une meilleure approche des personnes
immigrées (ou issues de l’immigration)
dans les récits médiatiques".
Ces recommandations s’accompagnent d’un
lexique d’une trentaine de mots et leur définition
exacte, et d’un inventaire "Médias
et migrants", lequel rassemble les coordonnées
des personnes de contact ou d’organisations actives
en la matière.
Depuis, cette thématique est réapparue
de façon récurrente : en 2002, le Conseil
supérieur de l’audiovisuel (CSA) signe
un accord de coopération "relatif à
la lutte contre la discrimination" avec le CECLR
; l’année suivante, la VRT se dote d’une
cellule "diversité" et d’une
"Charte" du même nom ; en 2005, dans
le cadre des célébrations "175-25",
le Sénat entreprend un débat sur le multiculturalisme
et les médias.
La même année (2005), le Centre pour l’égalité
des chances et l’AGJPB se retrouvent une nouvelle
fois autour de cette thématique. "Aujourd'hui,
quatorze ans après la publication de la première
étude, il semblait en effet opportun d’évaluer
les recommandations qui avaient été faites
et de commanditer une nouvelle analyse du contenu des
médias", explique Lieve Staes, co-auteure
de l’étude de 1993. D’autant que
certains sujets d’actualité ont modifié
sensiblement la donne. Les attentats du 11 septembre
ont eu un impact considérable sur l’opinion
publique. La question des réfugiés et
demandeurs d’asile est plus présente aujourd’hui.
Mais le débat sur l’intégration
a évolué, le multiculturalisme progressant
dans de plus en plus de sphères de la société.
"Le concept même de diversité
s’est élargi à certains groupes-cibles
tels que les personnes âgées, les personnes
souffrant d’un handicap ou les personnes homosexuelles",
relève encore Lieve Staes.
Peu de différences
entre le nord et le sud
Les universités de Gand et Louvain-la-Neuve
ont donc été chargées de réaliser
une nouvelle étude, l’objectif étant
de mesurer la situation actuelle, puis de la comparer
à celle de 1993. "En douze ans, les
migrations ont changé, le contexte a changé,
les médias ont changé, mais qu’en
était-il des pratiques journalistiques ? Nous
pouvons aujourd’hui écrire qu’elles
ont également évolué ; mais pour
cela, il fallait l’établir, avec le temps
de l’analyse et les moyens suffisants. (…)
Les résultats de l’étude indiquent
des évolutions plutôt positives dans le
traitement journalistique de la question des minorités
ou allochtones, évolutions qui résultent
probablement d’une prise de conscience accrue
par les journalistes des questions liées à
leurs propres pratiques en la matière. Il serait
assez présomptueux de notre part d’attribuer
ces progrès entièrement aux recommandations
déontologiques émises en 1994, mais nous
aimons à penser qu’elles n’y sont
pas étrangères", souligne Martine
Simonis.
L’Université de Gand s’est penchée
sur les médias flamands (De
Standaard, Gazet
van Antwerpen, De
Morgen et Het
Laatste Nieuws pour la presse quotidienne ; les
journaux télévisés de la VRT
et de VTM
pour le volet audiovisuel). L’Observatoire
du récit médiatique a analysé
les médias francophones (Le
Soir, La
Libre Belgique, La
Dernière Heure, Vers
l’Avenir et les JT de la RTBF
et de RTL-TVi).
Deux périodes ont été sélectionnées
: une première avant les élections du
8 octobre 2006, une seconde constituée de sept
jours choisis de manière aléatoire au
cours de ce même mois d’octobre. Tous les
articles et les sujets télévisés
évoquant des personnes d’origine étrangères,
ainsi que ceux qui parlent de racisme, de faits de discrimination,
de thématiques relatives au droit ou aux conditions
de vie des personnes étrangères ont été
systématiquement répertoriées.
Faute de moyens, cette étude a exclu de son champ
d’investigation les rubriques sportives et internationales.
Au nord comme au sud du pays, les résultats témoignent
d’une sensibilité comparable sur ces thématiques.
"Cela s’explique par le fait qu’elles
ont souvent une incidence nationale, en ce qui concerne
les affaires criminelles et la Justice, les politiques
relatives à l’intégration des personnes
étrangères ou la lutte contre le racisme",
explique Marc Lits, chercheur à l’ORM.
"En Flandre, les trois rubriques les plus fréquentes
sont, dans l’ordre, les partis politiques, la
criminalité et la justice alors que du côté
francophone, ce sont la justice, la culture et les partis
politiques".
Marc Lits observe encore un traitement de l’information
"assez similaire, dans la mesure où
l’individualisation l’emporte sur les généralisations
(…), d’autant plus que l’information
contextualisée est présente dans deux
tiers des cas (…) Les photographies qui illustrent
les articles sont plutôt stéréotypées
dans 10% des cas. Dans tous les médias, les individus
issus des pays de l’Europe de l’Est sont
aussi nettement plus présents qu’en 1993.
Les journalistes d’origine allochtone (pour autant
qu’on puisse les identifier) sont par contre peu
présents dans ces médias. Quant au traitement
de type sensationnaliste ou dramatisant, quant à
d’éventuelles stigmatisations ou incitations
à la haine, elles sont rarissimes dans tous les
médias analysés".
Vers de nouvelles recommandations
Dépassées les "Recommandations en
matière d’information relative aux personnes
issues de l’immigration" de 1993 ? A la lumière
des résultats de cette étude, que l’AGJPB
et le Centre pour l’égalité des
chances souhaitent étoffer au cours des prochains
mois – pourvu qu'ils obtiennent les subsides publics
nécessaires à son financement -, plusieurs
initiatives devraient voir le jour. Le Centre pour l'égalité
des chances publiera sur son site, www.diversite.be,
un lexique pédagogique à l’usage
des journalistes. A l’AGJPB, on souhaite répertorier
"les experts" issus de l’immigration,
de manière à diversifier les sources d’information
des journalistes et à rendre davantage l’actualité
multiculturelle. L'union professionnelle préconise
également que les rédactions s’ouvrent
davantage, de manière à refléter
la diversité de la population. Et elle compte
prochainement mettre sur pied un groupe de travail dont
la mission consistera à reprendre point par point
les recommandations de 1993 et de les actualiser, s'il
y a lieu. (L.D.)