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Daniel Van Wylick (Rossel) : "Le politique ne nous a pas assez entendus"

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Daniel Van WylickDaniel Van Wylick

21/12/2011

Daniel Van Wylick, directeur éditorial du groupe Rossel, était entendu le 15 décembre au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans le cadre du deuxième atelier ("Statut et formation des journalistes") des EGMI. Intervenant également en sa qualité de membre des conseils d’administration des Journaux francophones belges (JFB) et de PPress (association nationale des éditeurs de magazines), il a notamment abordé les questions de l’évolution des supports et son corollaire, celle des métiers de l’information. Il s’est aussi arrêté sur celle de la formation continuée des journalistes. Avec, en filigrane, la crise qui frappe durement la presse écrite et ses conséquences qui se font déjà ressentir (35 départs annoncés à Sud Presse et 9 licenciements à l’agence Belga). Rien ne garantit que la Rue Royale, siège du Soir, échappe à ces soubresauts, prévient en substance Daniel Van Wylick.

Un bilan du premier atelier


Vendredi 16 décembre. Il est près de 11 heures. Le bureau de Daniel Van Wylick, situé au sixième étage, offre une vue rasante sur les toits de Bruxelles. Avant de revenir sur son exposé de la veille au Parlement – à quelques pas seulement de l’immeuble Rossel –, il dresse un bilan des recommandations posées par les experts à l’issue du premier atelier des EGMI, "Acteurs, marchés et stratégies". Parmi celles-ci, une augmentation de l’enveloppe des aides à la presse. Suffisant pour sortir de la crise ? "Mes informations laissent entendre que l’on sera très nettement en dessous des 3 millions d’euros supplémentaires recommandés par les experts", déplore-t-il, alors que "nous nous trouvons à une période charnière où les recettes chutent très fort tandis que les coûts restent importants. Le politique ne nous a pas assez entendus à ce stade. Peut-être qu’un effort a été fait mais il est dérisoire par rapport à la masse globale." Sur le plan fiscal, Daniel Van Wylick dit espérer que "le politique et notamment les ministres compétents soient bien à l’écoute de notre négociation de la nouvelle convention collective des journalistes. On a négocié pendant deux ans pour utiliser légalement les droits d’auteur, en partie, dans le package des journalistes. C’est tout à leur avantage car ils auront une rémunération nette plus élevée et le coût pour les sociétés sera un peu moins élevé. On a tous à y gagner sauf que, pour l’Etat, les rentrées seront moins importantes. Il faut une ouverture d’esprit par rapport à ça."

 

Réguler le marché


L’une des revendications principales portées par les éditeurs de journaux concerne la régulation du marché publicitaire. "Notre part de marché ne cesse de s’effondrer au profit de l’audiovisuel et le service public y prend une part importante. On pourrait très bien dire que désormais, la RTBF ne place plus de publicité sur internet. On pourrait aussi dire que la publicité régionale ne lui soit plus permise : la presse quotidienne et les télés locales souffrent du fait que la RTBF fait de la pub régionale à des prix souvent bradés." Le conflit opposant les éditeurs de journaux et la RTBF à propos de ses activités en ligne devrait trouver un épilogue le 9 janvier prochain, date à laquelle le tribunal de commerce de Charleroi rendra son jugement (http://www.rtbf.be/info/medias/detail_journaux-francophones-vs-rtbf-jugement-le-9-janvier-a-charleroi-2?id=7087643). Quant à la voie des échanges et collaborations suggérée par Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, lors d’un précédent entretien (http://www.ajp.be/egmi/content/jean-paul-philippot-aux-%C3%A9diteurs-osons-les-collaborations), Daniel Van Wylick estime qu’il s’agit "de la poudre aux yeux" et que le climat actuel ne le permet – momentanément – pas.

Les éditeurs de presse écrite souhaitent en outre que les budgets alloués à la communication institutionnelle soient mieux répartis. "Aujourd’hui, on n’a même pas 25% des recettes ! Nous demandons aussi un plan de stimulation de la transition numérique. On développe, on investit des millions et on n’est jamais aidé ! En Belgique, on a l’impression que la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel est tellement à tu et à toi avec le top management de l’opérateur public qu’il n’y a rien moyen de faire, et ça nous dérange beaucoup. Il y a urgence ! "


Des formations continuées


Lors de son intervention du 15 décembre au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Daniel Van Wylick a présenté les nouveaux métiers de l’information : documentalistes/recherchistes, journalistes de données, architectes de l’information, journalistes visuels, journalistes de communauté… Aux autres professionnels de l’information, il conseille de penser en premier lieu à internet : "Il faut toujours se dire ‘web first’. Mon travail d’alerte ne va plus tellement servir au print mais au média numérique. C’est vrai qu’il faut s’adapter, et la crise fait qu’on est obligé de fonctionner à périmètre salarial constant. Il faut donc des formations en interne. C’est vrai qu’en matière de formation continue, on fait notre shopping en France et qu’en Belgique francophone, il y a très peu d’offres. Ce serait intéressant que ça se développe chez nous, notamment pour des questions de prix." C’est pourquoi les éditeurs de presse quotidienne proposent la création d’un ‘cluster’. "La demande est de 350.000 euros sur un an, récurrents. Il y a une demande et celle-ci doit créer l’offre."
Et de souligner que l’investigation journalistique "ne doit pas rester un parent pauvre. C’est vital pour le métier. Le Fonds pour le journalisme, c’est bien et si c’est fait de manière impartiale (ce dont je ne doute pas) ça va bénéficier également aux quotidiens."

 

Intégrer un modèle payant


Dernier sujet abordé au cours de cet entretien : le web payant, un train que les éditeurs "ont raté il y a une quinzaine d’années quand le web a commencé à se développer. Je pense que certains espaces pourront mêler un modèle gratuit et payant. Par contre, sur les tablettes et les smartphones, le réflexe de payer existe. Là, on doit être majoritairement du payant. Aujourd’hui, il n’y a pas encore assez de détenteurs de tablettes mais ça va progresser. "

Entretien : Laurence Dierickx

Documents audio

Extraits de l’intervention de Daniel Van Wylick le 15/12/2011

Daniel Van WylickDaniel Van Wylick le 15 décembre aux EGMI, aux côté de Jean-Jaques Jespers (ULB) et Marc Sinnaeve (Ihecs) qui coaniment le deuxième atelier organisé dans le cadre des EGMI avec Laurence Mundschau (UCL Mons/ISFSC).

1) A propos de l’évolution du métier : "Le journaliste doit accepter que ses missions soient souvent partagées avec l’audience."

2) A propos des nouveaux métiers et des profils recherchés : "On cherche des gens qui ne doivent pas nécessairement être accompagnés d’un responsable image."

3) En guise de conclusion : "Les journalistes qui ne veulent pas changer auront des soucis à se faire sur la pérennité de leur emploi."


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