EGMI by FIFI - Coiffeurs pour Dames 2011

Marc de Haan, pour les télés locales : "Donnez-nous les moyens d’exercer notre liberté d’expression"

Version imprimable

Marc de HaanMarc de Haan. Photo : AJP

06/03/2013

Représentées par Marc de Haan, le directeur général de Télé-Bruxelles, la Fédération des télévisions locales a mis l’accent sur l’enjeu économique que représente celui de la liberté d’expression. "La liberté d’expression, c’est l’indépendance et on ne peut pas être indépendant si on ne bénéficie pas d’un contexte favorable". Car, a-t-il souligné, les télévisions locales "ont peur du lendemain".

L’avant-dernière journée d’auditions du troisième atelier des Etats généraux des médias  d’information (EGMI) s’est clôturée par l’intervention de Marc de Haan, qui a d’emblée indiqué que la vision des télés locales convergeait avec celles de RTL et de la RTBF. L’enjeu de la liberté d’expression, a-t-il poursuivi, est avant tout un enjeu économique dans un contexte peu favorable. "Malgré les efforts apportés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la situation économique des télés locales est caractérisée par sa précarité."

"Séparer les fonctions de directeur et de rédacteur en chef : un standard de qualité"

Une autre caractéristique des télévisions locales, "c’est la disparité des moyens de financement et donc une grande disparité des interlocuteurs qui, à un moment donné, peuvent avoir l’ambition ou l’illusion d’un certain pouvoir. Enfin, nombre de ces interlocuteurs sont des interlocuteurs de proximité et le contact est incessant avec les journalistes. Il faut être clair là-dessus : on ne peut pas nier que ça peut amener une certaine forme d’autocensure dans les télévisions locales. Si vous voulez un journal télévisé libre sur les télévisions locales, il y a plusieurs conditions à remplir."

"La redevance des câblodistributeurs : un mode de financement vertueux "

"On ne peut pas attendre des rédactions évoluant dans un contexte de pauvreté la capacité de pouvoir pleinement exercer leur liberté d’expression", a souligné Marc de Haan. "Mais il ne faut pas croire que nous sommes en train de vous réclamer de l’argent alors que l’on parle de liberté d’expression. C’est mettre le doigt sur une chose importante. La redevance payée par les câblodistributeurs (et dont Télé Bruxelles est privée) est un financement assez vertueux car cette source de financement n’emporte pas une tentation de pouvoir agir sur nos contenus."

Liberté d'expression : fait-il changer les lois ?

Marc de Haan s’est ensuite attaché à répondre aux questions des experts de l’atelier 3 des EGMI. Il s’est d’abord dit favorable à l’extension de l’interdiction de la censure à tous les supports de diffusion. "On soulignera que la jurisprudence a conforté le secteur audiovisuel. L’ambigüité reste toutefois sur le texte de la Constitution et on voudrait que cette interdiction de censure pour un média audiovisuel soit inscrite dans la loi fondamentale."

Le directeur général de Télé Bruxelles a ensuite estimé que le système de la responsabilité en cascade est "vertueux qui protège le journaliste dans son indépendance". Tout comme il s’est dit favorable à ce que les mêmes droits et devoirs s’appliquent à tous les types de médias, internet compris ; ainsi qu’à l’harmonisation du droit de réponse sur le modèle de la presse audiovisuelle.

Sur la question des archives et du droit à l’oubli, les télévisions locales s’opposent à leur effacement. "On ne peut pas effacer un fait, ce n’est pas acceptable du point de vue de la liberté d’expression et d’information ! Par contre, nous avons noté de très bonnes suggestions comme celle consistant à mettre en place une contextualisation de ces archives et peut-être des liens qui renvoient vers l’actualité."

"Le cordon sanitaire médiatique nous est utile"

Marc de Haan est également revenu sur le cordon sanitaire médiatique, mis à mal par Edouard Delruelle lors d’une précédente audition : "c’est une base légale qui nous est utile". Mais, a-t-il mis en garde, l’extrême droite est protéiforme, elle concerne aussi des partis religieux et certains discours d’extrême-droite sont en train de s’adoucir. Dès lors, demande-t-il, ne vaudrait-il pas mieux laisser la liberté aux rédactions de choisir qui elles invitent… ou pas ?

Autorégulation et droits d'auteur : des revendications

A propos de l’autorégulation, Marc de Haan estime que le Conseil de déontologie journalistique (CDJ), mis en place il y a trois ans, "a créé une véritable révolution. C’est un lieu de débat entre les différents acteurs du secteur. On y parle de choses que l’on gardait pour soi avant. On pourrait toutefois aller plus loin en rendant obligatoire la publication des avis du CDJ. Pour nombre d’opérateurs ou de journalistes, se faire incriminer par un avis du CDJ est quelque chose d’assez désagréable à supporter mais pas pour tous."

Concernant le traitement des actualités judiciaires, "nous ne pensons pas que la présomption d’innocence soit applicable aux journalistes. Nous nous joignons à nos collègues pour réclamer l’accès aux audiences. Organisons-nous, si c’est nécessaire. Mais nous avons besoin d’une couverture image. L’image, en soi, est une information qui doit être librement exprimée".

Marc de Haan a clôturé son intervention avec "quelques remarques particulières sur le droit d’auteur. Les exceptions prévues par la loi qui permettent de citer des œuvres d’art sont indispensable mais nous sommes persuadés qu’elles ne sont pas suffisantes. Même un agenda culturel devient difficile à faire sans se retrouver, à un moment ou l’autre, face à quelqu’un qui nous fait obstacle en réclamant des droits d’auteur. C’est pourquoi vous ne verrez jamais sur Télé Bruxelles une œuvre de Victor Horta : je suis désolé, c’est trop cher."

L.D.

Lire aussi à propos des télévisions locales aux EGMI :

Garantir l'indépendance des télés locales (atelier 1)
Harmoniser les statuts de l'audiovisuel public (atelier 2)