EGMI by FIFI - Coiffeurs pour Dames 2011

Philippe Laloux (Le Soir) : "De nouveaux profils essentiels mais peu recherchés"

Version imprimable

Philippe LalouxPhilippe Laloux

09/01/2012

"Les médias ont besoin de professionnels compétents, ouverts sur l’environnement numérique et en maîtrisant les outils", a plaidé Philippe Laloux le 15 décembre dernier aux Etats généraux des médias d’information (EGMI). Responsable des médias numériques du journal Le Soir et formateur, c’est davantage sous cette seconde casquette qu’il a détaillé les nouvelles compétences que devraient posséder aujourd’hui les journalistes. Mais pas seulement. Cet enjeu de la formation au numérique concerne aussi les cadres et éditeurs, estime-t-il, tout en regrettant que ces nouveaux profils soient encore peu recherchés, dans un contexte économique difficile où les entreprises médiatiques engagent peu.

Viser l'excellence

Les nouvelles compétences que devraient acquérir les journalistes sont essentiellement techniques, explique Philippe Laloux. "Il faut avoir une certaine agilité numérique, être à l’aise dans ce monde-là et ce n’est pas si évident. C’est à tous les étages qu’il y a ce besoin d’acquisition de ces compétences. La fracture numérique n’est pas seulement socio-économique : elle aussi dans la capacité à maîtriser cet environnement. Je vais être un peu dur en disant que dans les rédactions aujourd’hui, il y a des gens qui n’ont ni vision ni compétence. Ce constat-là ralentit les mutations dans les organisations médias tant dans les organes de presse que dans les instances sectorielles et que dans les écoles et facultés de journalisme." Et, souligne-t-il, "il faut viser l’excellence."
 

 

Décloisonner les compétences

A  l’instar de plusieurs observateurs des médias prônant le décloisonnement des compétences, Philippe Laloux estime qu’il faut "travailler autrement". C’est pourquoi, "on a besoin de nouveaux types de formation" qui continuent à tenir compte des principes fondamentaux du métier. "Le travail collaboratif, c’est la juxtaposition de compétences qui vont permettre d’innover." Or, constate-t-il, "d’une manière générale, on est plutôt arrimé à la presse écrite. Le web est encore considéré comme la continuité du papier et on a encore beaucoup de mal à s’émanciper. Ça renforce encore le décalage entre l’offre, la demande et les usages et ça pose question."

Pour le responsable des médias numériques du Soir, plus question aujourd’hui d’engager "un journaliste qui n’a pas un blog et qui ne sait pas ce qu’est Twitter. Une autre compétence qu’il faut pouvoir développer et maîtriser, c’est tout ce qui concerne la gestion de communautés : c’est essentiel car la valeur économique d’un contenu aujourd’hui est proche de zéro.  Ma communauté, je dois la gagner avec de l’huile de bras et des informations pertinentes. C’est une chance historique pour les médias d’enfin recoller aux lecteurs mais ça demande des vraies compétences et il faut former pour ça."
 

Attiser la curiosité technologique

Pour Philippe Laloux, "un défi de tout formateur c’est d’attiser la curiosité journalistique mais aussi la curiosité technique et technologique", laquelle amène à "tester des outils et de nouvelles techniques narratives et d’y aller par essais-erreurs. Il y a aussi un problème de crédibilité du journaliste qui vient avec ces nouveaux outils-là. Il est souvent considéré comme un zozo et il doit aller dans la cellule web où finalement il aura une oreille attentive. S’approprier son environnement : pour les éditeurs, finalement, c’est quand même le meilleur gage de productivité."
 

Développer sa marque

Constatant que "de plus en plus exercent leur profession en dehors de tout statut parce qu’ils n’arrivent pas à prouver que le journalisme constitue l’essentiel de leurs revenus au regard de la loi de 1963", Philippe Laloux confirme que "la précarité des journalistes est une réalité. Pour les indépendants, les médias sont des clients et ça pose des questions en terme de qualité des contenus". Quant au profil du journaliste hackeur (ou journaliste bidouilleur), "la demande des employeurs ne se situe pas dans ce type de profil et la tendance n’est pas au recrutement mais plutôt à la compression des effectifs. On est dans l’opérationnel et la rentabilité à court terme. Vu ce contexte, il est fondamental d’enseigner aux étudiants le concept du ‘personal branding’.  Le journalisme devient une marque, son terrain c’est l’espace public numérique ; son blog, c’est sa vitrine ; sa valeur, c’est sa communauté." Et de conclure que la conception du web "est inféodée au papier. Tant que l’on a cette conception on n’en sortira pas !"

L. D

»  Retour aux actualités