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Les “fake news” s’invitent aux Assises du Journalisme

16/03/2018

Fake news, fake news, fake news. Aux Assises internationales du journalisme qui se tiennent à Tours (France) jusqu’à ce vendredi 16 mars, elles étaient partout, sur toutes les lèvres et dans bien des débats. Les fausses nouvelles ne constituaient pourtant pas le thème de cette 11è édition, dédiée, en mode interrogatif, à « Un journalisme utile ? ». Mais les questions d’éducation aux médias (que les Assises réduisent curieusement à « L’éducation à l’information »), de confiance à recréer avec le public, de nouvelles écritures médiatiques, ou encore d’autorégulation ramenaient souvent les interventions vers l’obsédant sujet. A tel point qu’un débat sur la déontologie s’est focalisé quasi exclusivement sur la lutte à mener contre les fausses informations, comme si la déontologie se résumait à cela.

Une norme ISO pour l’info…

Ce débat avait été amorcé par deux propositions très différentes. Christophe Deloire, secrétaire général de RSF (Reporters sans frontières) prône l’élaboration de normes européennes de qualité pour les processus journalistiques. Le respect de ces normes procurerait aux médias des avantages économiques de la part des pouvoirs publics. Hormis le fait que « le respect de ces normes seraient constaté par des vérificateurs agréés », aucun élément précis n’a été présenté sur ce projet qui inquiète bien plus qu’il ne rassure. On peut entendre le souci de distinguer les médias de journalistes par rapport aux plateformes distributrices de contenus de tous genres. Mais l’idée de  labelliser des démarches et des infos, en les soumettant à une vérification extérieure sans plaintes à l’origine, semble éloignée d’une liberté de presse autonome et responsable.

… Ou un CDJ à la belge

L’autre proposition venait de l’Observatoire de la déontologie de l’information » (ODI), un organisme français rassemblant des journalistes, employeurs et syndicats. Dans un pays qui fête cette année le centenaire de sa première charte éthique pour la presse mais qui ne dispose toujours pas d’une instance de déontologie, le projet de l’OID est le copier-coller du CDJ francophone belge : tripartite, indépendant du pouvoir, et sans pouvoir de sanction autre que moral. Un modèle que RSF « regarde avec bienveillance », tout en redisant que « l’ennemi des journalistes, aujourd’hui, c’est le contexte technologique », faisant allusion aux plateformes. Les échanges qui suivirent montrèrent que la compréhension même de la déontologie avait encore du chemin à faire chez certains. L’animateur du panel, un professionnel, voyait par exemple un problème déontologique dans la similitude des informations livrées par les publications de presse…

L’Etat contrattaque

Fake news encore avec Françoise Nyssen, la ministre française de la Culture. Et pour cause : elle était à Tours pour livrer les grandes lignes du projet de loi voulu par le président Macron. Objectif : enrayer la propagation des fausses nouvelles par les plateformes numériques et réseaux sociaux. Si « les fausses infos ont toujours nui à la démocratie, leurs modes de diffusion actuels sont un nouveau danger. Et vous êtes les vigies de la démocratie », déclara la ministre en préambule. « Quand vous êtes attaqués, notre devoir est de vous défendre. Nous sommes garants de votre indépendance. Et l’arme de l’Etat, c’est le droit ». Comprenez : chers journalistes, ce projet est conçu dans votre intérêt et pas dans celui du monde politique comme vous pourriez le penser… Vu les relations entre Emmanuel Macron et la presse, il n’est pas certain que la ministre ait convaincu grand monde.

Le projet comporte deux volets. Le premier concerne l’audiovisuel. Le CSA serait habilité à suspendre une chaîne étrangère qui diffuserait des fake news en période électorale. Qu’est-ce qu’une fake news ? On ne touche pas à la loi de 1881 qui définit la fausse nouvelle, précise la ministre.
Le second volet vise la diffusion sur les réseaux sociaux. Trois mesures sont prévues : une coopération entre les plateformes numériques, une obligation de transparence de ces réseaux, en période électorale, « à propos de leur sponsoring, et de leurs dispositifs de lutte contre les contenus illicites ». Et, enfin, une possibilité de procédure en référé judiciaire sous 48 heures pour faire suspendre une diffusion de fake news par les réseaux sociaux. Les infos visées seront examinées sous 3 critères : son contenu manifestement faux, sa diffusion massive, et sa diffusion ‘’artificielle’’. Personne, après enquête, ne semble avoir compris ce dernier critère… Il concernerait peut être une diffusion qui ne viserait que la monétisation d’une audience.  « Nous ne pouvons pas laisser prospérer les marchands de doutes » a conclut Mme Nyssen.

Le projet de loi n’a manifestement pas suscité l’enthousiasme parmi les professionnels. On peut s’interroger en effet sur son efficacité et son réalisme. Les débats parlementaires français à venir s’en chargeront sans doute.

Jean- François Dumont
(A Tours)