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L’Avenir vote le plan social. Mais après ?

06/12/2018

Sticker l'avenirC’est au terme d’une assemblée assez houleuse du personnel de L’Avenir que les préaccords négociés par le Setca et la CNE ont été approuvés ce 5 décembre. Si le volet social du plan comprenant prépensions (RCC) et départs volontaires n’a pas suscité beaucoup de remous, l’organisation de l’entreprise pour ceux qui resteront, de même que les projets très nébuleux  de l’actionnaire Nethys pour redéployer l’activité du journal ont laissé perplexes. Et à nouveau démontré à quel point l’actionnaire navigue à vue. Même les négociateurs syndicaux sont bien en peine d’expliquer au personnel comment demain l’entreprise va fonctionner.

Le demi-Berlinois

Le format du journal en est une illustration navrante : depuis que Nethys a repris L’Avenir (2014), il sait que le contrat d’impression vient à échéance fin de cette année. Qu’il devra donc être renégocié et qu’il n’y a pas 10 imprimeurs pour ce genre de marché. Mais Nethys chipote, élude, tergiverse, pour se fixer en novembre (!) sur Rossel. Avec une conséquence inéluctable : un changement de format, ou beaucoup plus grand (le Berlinois, dont les lecteurs ne veulent pas) ou plus petit que l’actuel  (le demi-berlinois). Contre l’avis de toutes les équipes et des lecteurs, ce sera le grand Berlinois.  Sans apercevoir probablement qu’au-delà du format, il faut adapter toute l’informatique en amont, la maquette, l’articulation cahier national/régional, la pagination,…. En novembre, les équipes travaillent donc d’arrache-pied sur le Berlinois. Les délais sont évidemment trop courts. C’est la catastrophe annoncée : tous les professionnels savent qu’une maquette demande beaucoup plus de temps. Puis revirement cette semaine: allez, on va plutôt aller vers le demi-Berlinois, plus proche des attentes des abonnés. Et tout est à recommencer pour les équipes, dans des délais intenables.

Si l’on s’attarde sur ce point, c’est pour montrer, si c’était encore nécessaire,  l’inexpérience totale de l’actionnaire et ses conséquences dramatiques sur un journal régional de qualité. On l’a écrit ailleurs, les décisions calamiteuses de Nethys finiront par tuer le « produit ». Et ce ne sont pas les quelques indications vagues sur la nouvelle organisation du journal, ni même les 6,5 millions € d’investissements promis qui vont rassurer les journalistes. Éditeur de presse, c’est un métier. Nethys a prouvé que ce n’était pas le sien.

Sortir de Nethys ?

L’AG du personnel l’avait déjà voté : il faut sortir de Nethys. Comment comprendre alors que les organisations syndicales négocient un plan de suppressions d’emplois et de réorganisation avec Nethys ? Les réponses syndicales sont simples : c’est l’employeur, il n’y en a pas d’autre. Les syndicats ne croient pas vraiment  à l’offre d’IPM, ni à la SCOP ni à quoi que soit d’autre. Elles font leur travail de négociation d’un plan Renault, point. Et c’est là que l’AG devient houleuse : comment comprendre la présence, la veille de l’assemblée du personnel, d’un permanent Setca au conseil d’administration de Publifin ? Un permanent qui n’a pas participé aux négociations mais qui a été invité, en même temps que Jos Donville (CEO) pour rassurer les administrateurs sur les intentions du personnel… En interne, voilà qui coince. Cela fait des mois que les représentants du personnel ont demandé « audience » à leur actionnaire. Sans réponse, ni même accusé de réception. Pourquoi un permanent étranger au dossier, sans mandat du personnel, va-t-il assurer le CA de Publifin  des intentions d’équipes qu’il n’a jamais rencontrées, avant même le vote en AG du personnel ?

Demain

Malgré la demande de votes séparés sur le plan social (qui n’est pas controversé) et sur le plan de réorganisation (plus que douteux), il n’y a eu qu’un seul vote autorisé sur l’ensemble. Ce vote équivoque ne devrait pas masquer les réalités sévères : rien dans le plan ne permet, au-delà des économies sur le personnel, de donner des perspectives économiques positives à L’Avenir. Rien ne rassure sur la vision entrepreneuriale, ni sur l’organisation des services. Et dans ce climat d’incertitude,  les candidats au départ volontaire ont trois jours pour donner leur réponse à la direction…

Entre temps, le travail sur la création de la SCOP continue : plusieurs chantiers sont en cours, de la structure au financement de la Société coopérative qui pourrait rassembler travailleurs, lecteurs et investisseurs. De quoi envisager un autre Avenir demain … Car Nethys devra tôt ou tard se séparer de ses activités concurrentielles (Voo, L’Avenir, Nice-Matin, qu’on annonce au bord de la faillite).

Un Avenir qui aura encore besoin de la vigilance sans faille des rédactions, engagées depuis plusieurs mois dans un rapport de force exceptionnel par sa forme et ses actions (en ligne sur : https://www.lavenir.net/tag/restructuration-aux-editions-de-lavenir).