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Statut d’hier et techniques de demain aux Assises du journalisme

18/03/2017
Conférence pigiste

Quel statut pour les journalistes ? Crédit : Les Assises du journalisme

Les tables rondes se suivent sans se ressembler aux Assisses du journalisme à Tours qui ont baissé le rideau ce vendredi 17 mars. Pour cette dernière des trois journées, nous avons suivi deux débats, de qualité bien inégale.

On espérait, avec « Quel statut pour les journalistes dans dix ans ?», aborder enfin les questions sociales peu ou pas évoquées jusqu’alors. Il devait être question, annonçait le pitch, du devenir des  métiers, du rôle du citoyen, de la diversification des modes de rémunération des journalistes, de la carte de presse… Au lieu de quoi, on a eu droit à une réunion syndicale larmoyante et sans perspective sur la seule question du statut des pigistes français, non respecté par les entreprises de presse. Un non-débat de 90 minutes mené par pas moins de… 10 intervenants. Le seul regard vers demain et au-delà de l’Hexagone est venu de Mehmet Koksal (Fédération européenne des journalistes). Les Français auront ainsi pu apprendre qu’ailleurs en Europe, les conditions d’octroi de la carte de presse varient d’un pays à l’autre.

En France, le statut de pigiste assimilé à un salarié sous CDI pourrait passer pour un modèle. Mais il ne va pas sans inconvénients. « Le pigiste est, par statut, subordonné à un employeur » estime une freelance. « Les indemnités qui devraient être dues en cas de perte d’emploi ne sont pas versées », souligne un syndicaliste.  Et un pigiste fait remarquer que des éditeurs évitent de prendre un statut d’entreprise de presse pour contourner ce système des « pigistes salariés »…

Cela n’empêche pas les syndicats de s’accrocher mordicus à ce statut, et par là, de ne considérer la qualité de journaliste professionnel qu’en lien avec l’entreprise. A travers des collectifs (comme « Profession : pigistes »), des voix se font pourtant entendre, en France, pour assouplir cette conception. A Tours, une freelance, dans le public, l’a dit clairement : « Pouvoir exercer mon métier dans des conditions convenables est l’essentiel. Il faut accepter de s’ouvrir à d’autres formes de statut ».

Petit boitier et lunettes spéciales

Que sera la télévision dans dix ans ? Cette séance-là, riche en prédictions, aura fasciné, inquiété, ou les deux à la fois, tant la technologie futuriste y fut présente. Eric Scherer (responsable de la prospective à France Télévision) a sorti de sa poche un petit boitier rond : la borne qu’Amazon commercialise aux Etats-Unis (mais pas encore en Europe) et qu’on avait déjà évoquée ici. Connectée à des écrans, elle permet de commander vocalement sur ceux-ci des contenus (infos, programmes télé,… ). L’image animée sera partout, souline Bruno Patino (Arte), les programmes seront plus nombreux mais le flux linéaire et les chaînes d’info en continu seront obsolètes.
Et les chaînes généralistes ? Trois avis : elles ne seront plus les acteurs dominants du marché (Patino), « Elles vont disparaître » (Scherer), « la télé n’est pas du tout morte. Le tout est de savoir articuler les offres et de les cibler » (Camille Mordiconi , TF1).

Mais la vraie révolution, celle qui imposera de nouvelles façons de penser la narration journalistique, sera l’info en réalité virtuelle. Equipé du casque ou des lunettes ad hoc, l’usager ne sera plus devant une image plate mais dans l’image dotée d’une profondeur. Et il cliquera avec les yeux. Jusqu’ici, les tentatives de télé en 3D n’avaient pas été concluantes, « parce que le téléspectateur ne pouvait pas regarder en grignotant ses chips », rappelle Bruno Patino. Demain, il ne pourra pas davantage le faire, mais la qualité et le confort de vision compenseront cela.

Un journalisme différent… mais pareil

Cette révolution va forcément changer le journalisme, pensent les experts. Comment raconter des récits qui ne seront plus linéaire ? Comment proposer un point de vue alors que le consommateur pourra regarder où il veut, dans des directions qui échapperont au journaliste. Quels seront la place et le rôle des personnages dans ces histoires ? Autres conséquences : la nécessité pour le journaliste de maîtriser des notions de design et de travailler avec des ingénieurs. « Le travail journalistique se fera de plus en plus à plusieurs », estime Alexandre Michelin, patron de la web télé SPICEE.

En modifiant notre relation au réel, la réalité virtuelle sera-t-elle aussi l’instrument privilégiée des manipulations ? Ni moins ni plus que les autres moyens de communication lorsqu’ils sont apparus. Et, s’il est vrai que ces technologies trompent notre cerveau, ajoute Eric Scherer, cela peut aussi avoir un effet bénéfique pour l’usager : l’empathie et le ressenti quand on est soi-même au cœur d’une situation. A cette réalité virtuelle s’ajoute la réalité augmentée, qui donnent par exemple du volume au contenu. Ainsi, le match de foot que vous suivez peut se dérouler en relief sur la table basse du salon. Pensez à enlever les verres…

Voilà pour les tuyaux. Et les contenus ? Ce sera toujours de l’info, du sport, des docu, de la fiction… Les missions éditoriales ne changeront pas et on ne fera pas de la réalité augmentée ou virtuelle en permanence, répondent les experts. Pour le service public, il n’y a pas contradiction entre ses missions et la technologie, assure Patino (ARTE). Soulagement sur quelques chaises. Tout ne va donc pas être bouleversé…

J.-F.Dt

A Tours