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Dans nos journaux, une info peu diversifiée

12/03/2024

Les pages de nos journaux restent homogènes : ce sont principalement des hommes, d’âge moyen, perçus comme blancs, valides, ayant une situation professionnelle aisée, qui les composent. Une info qui ne reflète pas l’image de notre société.
L’Association des Journalistes Professionnels remet le couvert et publie en ce mois de mars 2024 sa quatrième étude sur la diversité et l’égalité dans la presse quotidienne belge francophone. Nous notons que depuis notre première édition en 2011, les avancées en termes de diversification de l’info ne sont pas significatives. Si nous observons une progression modérée de la place des femmes et des seniors dans l’information, les résultats stagnent depuis l’édition de 2018, voire recule légèrement pour ce qui concerne la diversité des origines.

Les hommes font l’info (sportive)
Toutes thématiques confondues, pour la première fois depuis 2011, les femmes dépassent les 20% des interventant∙e∙s dont le genre a été identifié (21,08%) et même les 30% si l’on enlève les articles liés au sport de l’analyse (30,91%). Car le sport reste éminemment un domaine masculin. En effet, en sport, l’invisibilité des femmes est toujours aussi flagrante, avec 9 intervenants hommes pour 1 intervenante femme (8,36% d’intervenantes dans les rubriques sportives). Si nos quotidiens ont récemment mis à l’honneur des sportives à l’occasion des épreuves de qualification pour les JO 2024, il faudrait qu’il en soit de même sans attendre les événements sportifs importants. Des améliorations, certes, mais encore loin de la parité.

La diversité d’origine en perte de vitesse
La part des personnes issues de la diversité d’origine est en baisse ces dix dernières années : de 33,03% en 2013-14, elle est de 26,99% en 2022. Néanmoins, le rôle d’expert∙e se diversifie, passant de 6,25% en 2018 à 12,20% en 2022. Cette diversité provient principalement des articles de portée internationale (34,41%). La presse locale, elle, est plus uniforme (15,23% d’intervenant∙e∙s issu∙e∙s de la diversité d’origine). Concernant les thématiques, ce sont dans les rubriques Justice (52,94%), Politique (34,12%) et Sport (31,27%) que l’on trouve la plus grande proportion de diversité d’origine.

Le monopole des « CSP+ »
La diversité socioprofessionnelle reste pauvre dans nos pages : plus de la moitié des intervenant∙e∙s provient des CSP dites supérieures (54,12%) et près d’un tiers est issu des professions intellectuelles (31,17%). À côté de cela, l’ensemble des « CSP autres » ne représentent que 8,56% des intervenant∙e∙s ; une légère amélioration par rapport aux éditions précédentes de l’étude, où l’ensemble de ces professions ne représentait qu’environ 5% de l’échantillon.

Abstraction des jeunes et des seniors
La part des intervenant∙e∙s de moins de 18 ans stagne aux alentours des 10% (9,98% en 2022). La présence des seniors (> 65 ans) augmente depuis 2011 et frôle pour la première fois les 10% (9,42%). Nous observons également que la présence des femmes seniors dans les médias chute : de 28,97% en 2011, elles passent à 20,18% en 2018, pour finalement être réduites à 11,43% en 2022. Ce sont alors les trois catégories d’âge de la vie active (19-34, 39-45 et 50-64 ans) qui représentent la majeure partie de l’échantillon (80,59%).

Les personnes handicapées invisibilisées
0,22% des personnes de l’échantillon ont un handicap visible ou cité, soit seulement 32 intervenant∙e∙s sur les 14.659 personnes encodées. En plus d’être invisibilisées dans nos médias, les personnes handicapées sont cantonnées à des rôles passifs (75% des personnes ne sont pas interrogées directement) et ne sont pas identifiées (la moitié d’entre elles n’a aucune mention de nom, de prénom, ni de profession).

La présence des femmes et des autres identités de genre, des personnes issues de la diversité d’origine, des ouvrier∙ère∙s et des demandeur∙euse∙s d’emploi, des jeunes et des seniors, des personnes handicapées, est minime. Un constat que l’on peut faire aussi dès que l’on allume la télévision ou la radio. Au-delà de la lutte contre les discriminations, un contenu journalistique qui représente équitablement toute la société permet de toucher une audience plus étendue. Il est de la responsabilité sociale des journalistes de représenter une image complète – à tout le moins non biaisée – des différents profils qui constituent le débat public.

 

DES MILLIERS D’ENCODAGES
Six quotidiens ont été analysés, sur trois jours : Le Soir, La Libre Belgique, L’Écho, La Dernière Heure/Les Sport+, La Meuse (Sudinfo, édition Namur), L’Avenir (édition Namur). L’échantillon est ainsi formé par 18 journaux, 1.323 articles et 14.659 intervenant∙e∙s, c’est-à-dire les signataires (auteur∙rice∙s des articles et des photographies), les personnes dont on parle, qui sont interviewées, que l’on voit. Elles sont étudiées sur cinq axes : le genre, l’origine, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et le handicap, puis encodées selon 29 critères. L’échantillon s’étale sur trois périodes en septembre et octobre 2022. La méthodologie utilisée est comparable aux trois études précédentes de l’AJP, ainsi qu’aux baromètres du CSA qui portent sur les télévisions et les radios.

Nos études et recherches sur la diversité

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