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Communiqué AJP – Menaces de poursuites pénales de Claude Eerdekens envers la journaliste Mélanie De Groote

16/04/2026

L’AJP a pris connaissance des déclarations de Claude Eerdekens (ex-bourgmestre d’Andenne) et de son intention de poursuivre la journaliste Mélanie De Groote devant les juridictions pénales, publiées par Le Vif de ce 16 avril 2026.

Pour rappel, Cl. Eerdekens avait déjà intenté et perdu une action contre la journaliste devant le Tribunal civil, aux côtés de la Ville d’Andenne (décision annulée à deux reprises par la Tutelle). Le 12 février 2026, le Tribunal de 1ere instance de Namur, en déboutant M. Eerdekens de toutes ses demandes, a souligné le sérieux de l’enquête journalistique réalisée et insisté sur le caractère manifestement déraisonnable de l’action de l’ex-bourgmestre. Il a également rappelé le risque d’auto-censure que représente ce type de procédure, tant dans le chef de la journaliste que pour la profession, décourageant les journalistes de participer au débat public. Les intentions de poursuites pénales annoncées par M. Eerdekens nous semblent s’inscrire dans cette même tendance. L’AJP dénonce cet acharnement envers une journaliste. L’AJP rappelle également que Cl. Eerdekens n’a pas fait appel de la décision civile.

L’annonce de ces poursuites pénales intervient dans le contexte de transposition de la Directive européenne « anti-SLAPP », visant à protéger les acteur·ices du débat public de procédures judiciaires abusives. Un projet de loi pour lutter contre ces procédures-bâillon a été déposé au Parlement le 9 avril dernier par la ministre de la Justice. Si ce texte est globalement ambitieux (il étend notamment la protection aux procédures nationales, là où la Directive la prévoit pour les seules actions présentant un caractère transfrontalier), il ne s’applique néanmoins qu’aux procédures civiles, excluant de son champ d’application les actions pénales. Tant les recommandations européennes que les acteurs du secteur exhortent pourtant les Etats à élargir cette protection à tout type de procédure judiciaire.

Le recours pénal à l’encontre de journalistes est certes moins fréquent et effectif que l’action civile. Cependant, la voie pénale est régulièrement activée pour intimider ou faire taire la presse. Il fait peu de doute par ailleurs que si les journalistes étaient désormais amené·es à être mieux protégé·es dans le cadre de procédures civiles, les actions pénales tendraient à se multiplier. L’AJP rappelle enfin que l’effet d’une (menace de) procédure pénale est particulièrement violent pour les journalistes, en raison même de sa nature pénale. Le risque d’auto-censure, et donc d’impact sur l’information que reçoit, ou non, le public, l’est également.

L’AJP exhorte dès lors le Parlement à compléter le texte initialement déposé par la ministre de la Justice, afin d’intégrer les procédures pénales dans le champ de la protection de la future loi contre les procédures-bâillon.

 

Jil Theunissen – responsable service juridique AJP

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