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Égalité et diversité dans la presse quotidienne : nouvelle étude de l’AJP

24/06/2019

L’Association des Journalistes professionnels a présenté le 24 juin 2019 sa troisième étude portant sur l’égalité et la diversité dans les quotidiens de la fédération Wallonie-Bruxelles. Peu de progrès significatifs !

Quels sont les enseignements de l’étude « Égalité et diversité dans la presse quotidienne – 2019 » de l’AJP ? Les précédentes études dataient de 2010, puis 2013-14. Quatre ans plus tard, on constate quelques évolutions positives mais également des régressions.

Synthèse des résultats

Genre : l’information reste masculine, surtout en sport !

Étude diversité 2019

En 2019, au premier abord, la présence des femmes est en recul. Les femmes représentent en moyenne générale 15,39% des intervenants dans l’information de la presse quotidienne, ce qui rest une perte de 2 points. Mais l’analyse montre que ce sont les pages sportives qui plombent les résultats : la presse consacre très peu de place au sport féminin (6% de femmes dans les pages sportives) et encore moins aux joueuses. Mais dans les contenus hors sport, la présence des femmes est en réalité en progression : on passe de 25% à 30% de femmes.

Les femmes sont toujours peu présentes dans la thématique économie (statu quo à 18%). En revanche, elles gagnent environ 5 points dans la thématique politique. Elles sont également plus présentes dans les faits divers.

La plus forte parité se trouve dans la représentation des jeunes de moins de 18 ans (49% de « femmes »). Entre 19 et 65 ans, la présence des femmes tombe à 20%, soit bien en dessous de la réalité de la population belge.

La part de femmes dans les catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres, dirigeants…) reste minoritaire (entre 12 et 19%) mais poursuit la progression constatée en 2013-14 (+3 points). Les femmes sont aussi plus présentes qu’auparavant dans les professions intellectuelles (médecins, avocats… +7 points).

Les femmes sont surtout présentes dans des rôles passifs, de manière encore plus marquée que dans notre étude précédente. Quand elles ont la parole, c’est surtout dans des rôles de vox populi (environ 27%). Si la part de femmes dans le rôle de porte-parole est plus importante qu’auparavant (elle passe de 14 à 20%), la part d’expertes n’a pas évolué et est même légèrement en recul, à 13% seulement.

Enfin, on notera qu’alors que les femmes sont les plus interrogées sur des questions liées au genre, les hommes sont les plus interrogés sur des sujets liés à leur profession.

Origine : plus de diversité dans l’information nationale, moins dans le sport

La part d’intervenants issus de la diversité d’origines, qui était passée de 17 à 33% dans les deux baromètres précédents, se stabilise à 34% en 2018. Cette diversité provient surtout de l’information internationale (49%) et des articles qui traitent de sport (38%). Même sans ces deux critères, la diversité d’origines reste plus importante que celle que l’on observe à la télévision (14%).

L’information locale présente moins de diversité d’origine qu’auparavant (- 5 points). Avec pour conséquence que ce sont les quotidiens régionaux qui sont les moins diversifiés au plan de l’origine. L’information nationale progresse de 3 points et présente 25 % d’intervenants issus de la diversité.

On retrouve toujours autant de diversité dans la thématique « politique » (38%), principalement dans la politique internationale. Le sport est toujours riche en diversité d’origines, mais de manière moins marquée qu’auparavant : on passe de 44 à 38%. Une diminution également constatée dans la profession de sportifs qui passe de 55% à 41% de personnes issues de la diversité d’origines.

Les rôles « prestigieux » sont moins diversifiés : on compte 20% de porte-paroles (contre 29% en 2013-14) et seulement 6% d’experts issus de la diversité d’origines (14% précédemment). C’est dans les rôles passifs (86%), surtout dans le domaine du sport, que l’on trouve le plus de diversité.

Professions : moins de cadre sup, plus de sportifs

Il y a toujours aussi peu de diversité dans les catégories socioprofessionnelles présentes dans nos quotidiens.

61% des intervenants présents dans la presse quotidienne sont des sportifs de profession. Les catégories socioprofessionnelles supérieures , dirigeant, professions intellectuelles et scientifiques) sont moins présentes : elles comptent 37% d’intervenants (contre 56% dans le dernier baromètre).

On observe toujours une diversité socioprofessionnelle très pauvre dans les quotidiens francophones. Les intervenants des CSP supérieures et les sportifs représentent 94% des CSP dans l’échantillon. Les ouvriers, les étudiants, les agriculteurs, les chômeurs, et le reste de toutes les catégories de professions ne représentent que 6%.

Âge : les jeunes moins identifiés et moins interviewés

La catégorie des 19 à 34 ans est la plus représentée dans la presse quotidienne. Les intervenants y sont deux fois plus présents que dans la réalité de la population : 41% (contre 20% dans la population belge). La moitié de cette catégorie est composée de sportifs. Les moins de 18 ans perdent en présence (9% contre 12% en 2013-14).

Les intervenants de moins de 35 ans sont les moins interviewés (entre 7 et 25% d’entre eux alors que les 19-34 ans sont les plus présents dans l’échantillon).

L’identification est toujours liée à l’âge de l’intervenant : plus il est âgé, plus il est identifié de manière complète (prénom+nom+profession).  Les intervenants de plus de 65 ans sont les mieux identifiés (61%).

L’invisibilité des personnes handicapées

L’échantillon compte 39 personnes en situation de handicap (0.21%). La plupart du temps, elles sont interrogées en raison de leur handicap. La moitié d’entre elles ne sont pas identifiées.

Peu de progrès… Une remise en question s’impose !

Étude diversité 2019La représentation de la diversité dans les pages de nos quotidiens ne progresse guère. Depuis notre première étude, qui pointait de très nombreuses carences (dans la présence et la représentation des femmes, des personnes issues de la diversité d’origine, des professions, des tranches d’âge, du handicap), on doit malheureusement constater qu’il n’y a pas d’avancées significatives, malgré les actions de sensibilisation entreprises.

Pourtant, les questions d’égalité et de diversité n’ont jamais été à ce point au centre des débats. Mais l’impact sur ceux et celles qui produisent l’information semble marginal. L’enjeu est important : il est de la responsabilité sociale des médias de représenter une image complète – à tout le moins non biaisée– des différentes catégories qui constituent notre société.

Les femmes sont toujours largement sous-représentées dans la presse, gommées, voire même « asphyxiées », par une information sportive focalisée sur le sport masculin. Le succès récent (juin 2019) des compétions féminines de football montre pourtant un changement de mentalité dont les médias d’information échouent à être les précurseurs. Notre échantillon date de 2018, avant cet engouement donc, mais après et pendant le mouvement #metoo, qui a suscité de nombreux débats sur la place, la représentation et la présence des femmes, notamment dans les médias.

Dans l’information hors pages sportives, la présence des femmes est en hausse – très modérée – mais elle reste loin d’être médiatiquement valorisante. Il est étonnant de ne constater aucune progression dans le rôle d’experte. Il en va de même pour les personnes issues de la diversité d’origine : on constate même une régression dans cette catégorie « expert ». Le profil type de l’expert reste l’homme blanc, entre 35 et 49 ans.

Il faut s’interroger sur les raisons de ce statu quo. L’AJP, pour soutenir les journalistes dans leur recherche d’expert.e.s, a  créé la base de données Expertalia.be, qui regroupe des femmes expertes, et des hommes experts pour autant qu’ils soient issus de la diversité d’origines. Si les responsables des rédactions ont marqué leur enthousiasme lors du lancement de cet outil, celui-ci tarde à marquer durablement ses effets dans les pages des journaux. Plusieurs centaines de journalistes utilisent pourtant Expertalia. Les routines professionnelles, le rythme de production de l’info et « l’entre soi » commode sont-ils les seules explications aux carences observées ?

Il ne faut pas focaliser uniquement sur la presse quotidienne : elle n’est pas la seule à escamoter des pans entiers de la population dans ses pages. On retrouve en télévision beaucoup de similitudes dans les déficits pointés en matière d’égalité et de diversité.

Les femmes, les personnes issues de la diversité d’origine, les jeunes, les personnes âgées, les personnes porteuses d’un handicap, les ouvriers, les chômeurs… autant de catégories qui constituent notre société et qui ne se (re)trouvent pas dans nos médias. Autant de personnes qui constituent un lectorat potentiel, et donc un enjeu économique important. Pour les toucher, il faudra repenser le journal de demain autrement que par la modernisation de son format. Et l’enjeu dépasse la seule question du modèle économique. La réflexion à mener sur ce point est un vaste chantier que certains médias étrangers ont déjà amorcé. La Belgique leur emboitera-t-elle le pas ?

>> L’étude complète est téléchargeable sur notre site.

Retrouvez toutes nos études sur : www.ajp.be/diversite

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