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Auditions sur l’avenir de L’Avenir : et si on optait pour la société coopérative ?

08/11/2018
L'avenir, débat au Parlement wallon

Ce jeudi 8 novembre au Parlement wallon

Longtemps annoncées et souvent repoussées, les auditions consacrées à l’avenir de la presse, et en particulier des Éditions de l’Avenir, ont finalement eu lieu jeudi après-midi au Parlement de Wallonie. L’AJP a eu l’occasion de présenter sa proposition pour l’entreprise.

Le personnel des quotidiens régionaux s’était réuni devant le bâtiment du Parlement pour se rappeler aux députés wallons, en distribuant notamment des exemplaires du journal mettant en une les débats du jour.

A l’intérieur, la direction de L’Avenir, par la voix de son administrateur délégué Jos Donvil, a pris la parole en premier pour expliquer son plan et ses projets. Il fut beaucoup question de réduction des coûts, et très peu question de qualité de l’information et des conditions de travail. Des aspects que le président de la Société des rédacteurs, Emmanuel Wilputte, le délégué CNE Philippe Leruth et le permanent SETCa Thomas Lesire se sont chargés de rappeler.

Intervenant ensuite pour l’AJP, le délégué à L’Avenir Albert Jallet a présenté la proposition de l’Association des journalistes professionnels : faire reprendre L’Avenir par une société coopérative (SCOP) des salariés et des lecteurs, éventuellement soutenus par d’autres partenaires publics et/ou privés.

Changer de modèle

Ce n’est pas un doux rêve d’autogestion : la SCOP est la transposition dans le monde des affaires d’un modèle économique dont les buts ne sont pas d’abord la rémunération du capital investi, mais bien la réalisation d’objectifs démocratiques de services et prestations. L’avantage de la SCOP est de maintenir la prise de décisions au niveau des travailleurs et des bénéficiaires (ici : les lecteurs).

La SCOP est basée sur une gouvernance participative : les SCOP associent leurs travailleurs aux décisions importantes en leur donnant voix au chapitre au sein de leur Assemblée Générale ou leur Conseil d’Administration ou encore dans d’autres lieux de concertation. Parallèlement, elles pratiquent un management participatif basé sur la reconnaissance des compétences de chaque travailleur, le dialogue constant avec les salariés et des mécanismes de délégation.

La question du financement de l’entreprise est centrale : dans une SCOP, le capital est détenu de manière significative par les travailleurs-associés, ce qui signifie que la moitié au moins des associés doit être composée des travailleurs. C’est pourquoi chaque travailleur est appelé à devenir associé.

Le capital varie en fonction des entrées et des sorties des associés. Dans l’Assemblée générale, où sont prises les décisions stratégiques, chaque associé dispose d’une voix ou de maximum 10% des droits de vote. Pour garantir que les travailleurs-associés détiennent au moins 50% des droits de vote, lorsqu’il y a des associés extérieurs, un système de bicamérisme (une chambre qui rassemble les détenteurs du capital + une chambre qui rassemble les travailleurs-associés) peut être mis en place.

Une campagne de récoltes de fonds (par financement participatif) peut par ailleurs être organisée à grande échelle (lecteurs, sympathisants, communes,…).

La mise en place d’une SCOP, appuyée ou non par un opérateur extérieur, peut se faire dans la période de « portage » par la Région wallonne.

Il est en outre possible de créer une SCOP avec d’autres partenaires soit publics (la Région wallonne p. ex.,) soit privés (IPM p. ex. ou encore une coopérative de lecteurs), soit les deux.On parle alors de SCIC, société coopérative d’intérêt commun. Il s’agit également d’une coopérative, mais qui fonctionne en plusieurs « chambres » de décision (travailleurs/privé/public). C’est parfaitement organisable dans les statuts de la coopérative.

Il est enfin possible de créer une SCIC agissant comme structure coopérative faitière, dont sont actionnaires différentes sociétés, par exemple les travailleurs via leur SCOP, un éditeur privé et la Région wallonne.

Une question de démocratie

Le statut de coopérative permet donc, vu sa flexibilité, d’intégrer les principes de gouvernance partagée. Il n’exclut pas la présence d’actionnaires privés ou publics.

À côté de la gouvernance, le deuxième principe est qu’une part du bénéfice est affectée à une réserve « impartageable », ce qui signifie que l’argent de la réserve ne pourra pas être distribué aux associés. Par contre, on peut l’utiliser pour éponger les pertes éventuelles. Cette réserve est constituée progressivement : on y met la totalité des bénéfices jusqu’à ce que les fonds propres soient confortables (env. 20% du total de bilan), ensuite on doit mettre en réserve au moins 15% des bénéfices. Le but de cette réserve est de pérenniser l’entreprise par un renforcement des fonds propres.

Le troisième principe, c’est qu’une part du bénéfice est affectée aux travailleurs.

Enfin, la rémunération du capital est limitée. On ne peut pas dépasser le montant fixé par le CNC (Conseil National de la Coopération). Pour le moment, il s’agit de 6%.

Les équipes de L’Avenir ont suffisamment montré qu’elles pouvaient gérer le journal. On rappelle que L’Avenir a été acquis avec de l’argent public. Il est donc logique que ce journal continue à appartenir au public, à ses lecteurs, à ses travailleurs.

Les enjeux démocratiques sont évidents, nous en sommes tous conscients. Nous appelons dès lors les mandataires politiques à accompagner la création d’une « SCOP Avenir » ou d’une « SCIC », seuls scénarios qui à nos yeux permettront de respecter le public, les lecteurs, le pluralisme et l’information de qualité.