Débat sur la liberté de la presse au Burundi

Trois représentants des médias burundais avaient été invités par les organisateurs pour rendre compte de la situation vécue au quotidien : Cyprien Ndikumana, Innocent Muhozi et Alexandre Niyungeko. Photo AJP

Le 12 septembre, cela faisait cent jours que le président burundais Pierre Nkurunziza promulguait la nouvelle loi sur la presse. Au programme du nouveau texte, de sévères restrictions relatives à la liberté d’informer. Depuis, deux projets de loi relatifs aux libertés de manifestation et d’association ont vu le jour.

Pour faire le point, Amnesty International, 11.11.11, l’Institut Panos Paris et la Fédération internationale des journalistes (FIJ) organisaient un débat, dans les locaux de l’Ihecs à Bruxelles. Parmi les invités, trois représentants des médias burundais : Cyprien Ndikumana, coordinateur national de l’Institut Panos Paris au Burundi, Alexandre Niyungeko, président de l’Union burundaises des journalistes (FIJ), et Innocent Muhozi, directeur général de Télé Renaissance et président de l’Observatoire de la presse du Burundi. La sénatrice PS Marie Arena et l’envoyé spécial du ministère des Affaires étrangères pour la région des Grands Lacs, Franck De Coninck, complétaient le panel.

Les agressions de journalistes en augmentation

Au Burundi, la situation économique est difficile, a expliqué Cyprien Ndikudana, qui a également insisté sur « le soutien constant » qu’apporte la population aux médias. « La presse joue un rôle majeur, il n’y aurait pas de paix sans elle ». Sur le terrain, Innocent Muhozi constate de plus en plus de cas d’agressions de journalistes : une dizaine depuis le début de l’année. Celles-ci résulteraient de certains discours tenus par les politiques lors des débats qui ont précédé le vote de la nouvelle loi ». De plus, a-t-il ajouté, « nous n’appliquons pas cette loi ».

« Cette loi est rétrograde, en comparaison avec l’ancienne loi de 2003 », a dénoncé Alexandre Nyiungeko. C’est pourquoi l’Union burundaise des journalistes s’est entourée de constitutionnalistes pour tenter de faire annuler la loi par la Cour constitutionnelle (« On n’espère pas beaucoup de ce côté-là parce que les juges sont nommés par l’Etat »). Elle a également saisi la Cour de justice de la communauté africaine. « Nous ne pouvons pas révéler nos sources et prétendre encore être des journalistes ! »

De son côté, la Belgique surveille de près la situation au Burundi – « un pays fragile », a répété Marie Arena –, mais sans remettre en question l’enveloppe qui lui est allouée dans le cadre de la coopération au développement. Franck De Coninck a ajouté que la liberté d’expression est « un sujet préoccupant qui reste sur la table. Nous sommes conscients que la société civile et les médias se trouvent, pour le moment, dans une situation difficile. »

L. D.