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CDJ 2019 : un décalage grandissant entre reconnaissance des missions d’intérêt général et ressources insuffisantes

12/11/2020

234 interpellations qui se partagent moitié moitié entre les plaintes et les demandes d’information. Le Conseil de déontologie journalistique a de nouveau connu, en 2019, une année d’intense activité marquée par la célébration de son 10e anniversaire. Seule ombre au tableau, un arriéré qui grandit et qui témoigne du décalage entre l’importance grandissante de l’instance et la faiblesse structurelle de ses moyens. Une ombre qu’a dissipée un récent courrier de la ministre des Médias évoquant le refinancement de l’instance.

Conseil de déontologie journalistiqueD’année en année, les statistiques du CDJ confirment l’évidence : l’information de qualité déontologique a la cote, côté public et côté journalistes. En témoignent d’une part les 174 plaintes reçues en 2019, dont 70% étaient recevables et dont 42% ont donné lieu à l’ouverture d’un dossier d’instruction, et d’autre part les 174 demandes d’information qui émanaient pour près de la moitié (46%) des journalistes (journalistes, étudiants en journalisme, rédactions en chef) et pour un tiers (30%) du grand public.

Pour la première fois dans l’histoire du CDJ, le niveau des demandes a ainsi atteint celui des plaintes, signe que le travail en prévention gagne en intensité. Signe également que les rédactions s’organisent davantage en interne pour répondre aux questions que leur pose, au quotidien, la déontologie journalistique. On notera ainsi l’initiative de SudPresse qui a désigné une personne de référence au sein du groupe, chargée de gérer les problèmes de déontologie formulés en interne, dont l’effet se ressent déjà dans les plaintes reçues en 2019.

En ligne et sur les réseaux sociaux

Autre confirmation de cette année 2019, l’attention grandissante du public et des professionnels pour les questions de déontologie qui se posent en ligne et sur les réseaux sociaux. Les plaintes visant uniquement les productions web sont plus nombreuses que dans le passé (32%). Combinées aux dossiers de plaintes qui visent un contenu diffusé à la fois sur support traditionnel et en ligne ou visent les réseaux sociaux, ces plaintes passent à 57%. Les griefs soulevés eux ne varient pas : non-respect de la vérité, atteinte à la vie privée, atteinte aux droits des personnes occupent le top 3 des plaintes quel que soit le contenu médiatique visé. Conscient des enjeux qui se jouent sur ces supports, le CDJ a entamé en 2019, avec plusieurs partenaires européens (conseils de presse, FEJ, universités), une réflexion approfondie sur la manière dont les conseils de presse doivent se repenser à l’ère du numérique. Grâce au projet pilote Media Councils in the Digital Age cofinancé par la Commission européenne, il a ainsi pu réunir à l’occasion de son 10e anniversaire de nombreux acteurs du monde médiatique européen sur ce thème. Ces travaux se sont poursuivis dans le courant 2020.

Arriéré et refinancement

Fait saillant de l’année, la durée de traitement des dossiers a continué de s’aggraver et l’arriéré de se creuser. Sur les 30 avis adoptés en 2019, 26 ont concerné des plaintes 2018 et 4 seulement des dossiers 2019 ! La durée moyenne de traitement d’un dossier ouvert est passée en 2019 de 266 à 352 jours pour avis, même s’il était de 85 jours pour les médiations et restait de 8 jours maximum (délai fixé par le règlement) pour les plaintes irrecevables et manifestement non fondées ou sans enjeu. Pour faire face à ce défi, l’instance a décidé d’une part de revoir son processus décisionnel, en révisant son règlement de procédure sans céder à la rigueur et l’équité, d’autre part de solliciter un refinancement à parts égales de la Fédération Wallonie-Bruxelles et des éditeurs membres pour compléter l’équipe (actuellement, moins de deux temps plein) qui organise le travail des 40 membres bénévoles participant aux travaux du Conseil. Début 2020 les éditeurs marquaient leur accord. Ils ont été suivis il y a peu, comme nous en informait récemment la ministre des Médias, par le gouvernement qui prévoit un complément de financement pour le budget 2021. Editeurs et gouvernement témoignent ainsi, à l’instar du public et de la profession, de la reconnaissance du rôle majeur du CDJ et de l’importance de ses missions dans un contexte médiatique, économique, sanitaire et social particulièrement éprouvant.

Découvrez le rapport annuel complet sur le site du CDJ.