Déontologie

Comment parler du suicide dans les médias ?

Fruit d’une réflexion partagée entre journalistes et professionnels de la prévention, l’AJP édite une brochure balisant un terrain délicat.

Comment parler du suicide dans les médias ? Comme bien des drames humains auxquels les médias estiment pouvoir ou devoir faire écho, le suicide devient parfois une information. Parce qu’il concerne une célébrité, parce que son auteur est particulièrement jeune ou les circonstances particulièrement inhabituelles, ou parce que l’acte privé a des conséquences publiques…

Il n’y a donc pas de tabou en cette matière. Mais il y a une responsabilité sociale dont les journalistes ne peuvent se défaire. Elle consiste d’abord à prendre conscience que le récit médiatique d’un suicide peut avoir un impact dans le public et auprès des proches de la victime. Elle consiste ensuite à mesurer la pertinence des mots, des détails, des images ou des explications données. La brochure jointe à cette édition de Journalistes propose des balises dans ce sens. Une réflexion sur les pratiques journalistiques, confrontées au regard des professionnels actifs sur le terrain de la prévention du suicide, ne pouvait qu’être largement accueillie par l’AJP lorsque cela lui fut proposé par le cabinet de la ministre Fadila Laanan. A sa demande, l’AJP organisait en novembre 2011 un atelier de débats entre journalistes et acteurs de la prévention, avec le précieux concours de Martine Bantuelle de l’asbl Educa Santé, et de André Linard, secrétaire général du Conseil de déontologie journalistique (CDJ).

On rappela alors que l’hypothèse d’une influence des médias sur des actes suicidaires doit être considérée avec une grande prudence, mais aussi qu’elle ne peut pas être écartée d’un revers de la main. Deux types d’effets se rencontrent. Un « effet Werther » est décrit en référence à l’oeuvre de Goethe dont la publication fut suivie de plusieurs suicides de jeunes, par imitation, voire identification au personnage. Inversément, « l’effet Papageno » – nous sommes cette fois dans « La flûte enchantée » de Mozart – observe un renoncement au passage à l’acte suicidaire grâce à l’influence positive des médias.

Points de repère

A l’issue de cet atelier, il fut convenu de rassembler dans un document des "points de repère" à l’attention des journalistes pour traiter du suicide dans la presse. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment, disposait d’un document, et le dossier Presse-Justice (édité par l’AGJPB et la Fondation Roi Baudouin) consacre un paragraphe au sujet, de même que certains codes étrangers de déontologie. A partir de ces textes et de l’atelier, les balises ont été validées par les parties en présence et reformulées dans cette brochure, par André Linard pour l’essentiel.

On y trouvera aussi une liste d’associations et organisations spécialisées qui seront autant de sources utiles pour mieux appréhender le phénomène suicidaire.

J.-F. Dt


Ces "Points de repère" sont disponibles en ligne sous deux formats :

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