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L’AJP refuse les ponctions sur salaire des journalistes

20/03/2020

Update : 20/03 – 18h40

Le chômage atteint d’autres entreprises de presse

Il n’y a pas que Rossel (lire ci-dessous) qui va recourir au chômage pour cause de force majeure. Chez IPM(La Libre, la DH, Paris-Match Belgique), les mesures annoncées ce vendredi après-midi placent les rédactions dans les mesures de chômage temporaire appliquées à l’ensemble de l’entreprise. Les journalistes salariés passeront en 4/5e pour le mois à venir, hormis une poignée d’exceptions pour lesquelles la proportion est plus importante (une personne à 100% de chômage, 2 ou 3 autres à 50%).

On apprend par ailleurs qu’au Grenz Echo (Rossel), quasi toute la rédaction sera mise en chômage pour cause de force majeure à mi-temps, à partir du 23 mars. Cinq journalistes seront par ailleurs en chômage complet. La mesure est prévue jusqu’au 22 avril. La pagination du Grenz va descendre à 16 pages.

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Alors que les journalistes de la presse écrite travaillent à flux tendu, dans des conditions difficiles et de stress, le groupe Rossel (Soir, SoirMag, Sudpresse, Echo) leur demande de céder une partie de leur salaire pour aider l’entreprise à traverser la crise… L’AJP conseille à tous ses membres de refuser.

Rossel va généraliser le chômage technique pour cause de force majeure pour les fonctions de l’entreprise dont les tâches ont diminué ou disparu en raison de la crise. Mais les rédactions continueront bien à travailler à 100 %. « Et même plutôt à 150 % » témoignent de nombreux journalistes. « Depuis Covid19, on est tous sur le pont depuis des semaines. On travaille dans des conditions très difficiles vu les circonstances. On ne compte pas nos heures. Et là, pour nous « remercier », on nous met la pression sur nos salaires ! ».

Au Soir et à Sudpresse, il est question d’une contribution de 7,5 % du brut. A l’Echo de 5 %. Des ponctions « justifiées » par la nécessité de garder des réserves pour l’entreprise. Ainsi chez Mediafin (L’Echo) : « nous cherchons comment conserver suffisamment d’oxygène pour un redémarrage lorsque cette misère corona sera terminée ». Chez Rossel, il s’agirait  « d’assurer un traitement le plus équitable possible, en maximisant les chances de continuité de l’entreprise »

L’AJP a écrit à la direction de Rossel pour lui demander de retirer cette mesure : « La solidarité est la raison d’être de notre Union professionnelle et nous savons combien elle est précieuse en temps difficiles. Mais nous considérons, vu les circonstances, que l’attitude de la direction adoptée à l’égard des rédactions du Groupe est indécente ».

L’AJP conseille à tous ses membres de ne pas donner suite à cette demande de l’actionnaire : « Plutôt que de faire pression sur les forces vives qui permettront à l’entreprise de traverser la crise, la direction devrait les préserver au maximum de contraintes qui s’ajoutent à une situation déjà pénible pour chacun.e. ». Une position qui n’a pas plu à Bernard Marchant (CEO Rossel) qu’il qualifie d’ « idéologique ». Ainsi, recevoir 100% de son salaire lorsqu’on travaille à 100% (voire davantage, mais soit) serait « idéologique ». Nous n’avons pas l’intention de polémiquer mais exiger le paiement d’un salaire complet pour un travail complet n’est pas idéologique. Ce n’est que justice et reconnaissance des efforts fournis par les rédactions, respect des contrats et des personnes.

Même pas en Italie…

L’Italie, confrontée à une crise COVID-19 bien pire que la situation belge et depuis plus longtemps, a sans aucun doute aussi la continuité des entreprises en tête. Mais aucune entreprise de médias n’a pris de mesures similaires à l’égard des rédactions. Selon Ricardo Gutierrez,  Secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes : « la FNSI, principal syndicat de presse italien, confirme que les journalistes y ont conservé leur régime de travail et leur salaire intégral ».

Notons également qu’aucun autre secteur en Belgique n’a demandé aux travailleurs de se cotiser entre eux pour soulager les entreprises.

L’AJP ne peut dès lors que réitérer son conseil aux journalistes de s’opposer à la proposition qui leur est faite de renoncer à une partie de leur salaire. Précisons aussi que le salaire est particulièrement protégé en droit belge. Une modification unilatérale des feuilles de paie (sans l’accord du travailleur) n’est pas légale. En droit, l’employeur doit donc obtenir l’accord explicite des travailleurs et ne peut présumer un accord implicite.

Soutenir aussi les freelances

L’AJP travaille par ailleurs à la création d’un fonds de solidarité pour les journalistes freelances, durement touchés par la crise : nombre d’entre eux ont perdu tout ou partie de leurs collaborations. Lire davantage d’infos sur : www.journalistefreelance.be