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Comment parler des violences contre les femmes ? Les recommandations de l’AJP

15/12/2017

L’AJP et l’UCL mènent une analyse du traitement médiatique des questions de violence contre les femmes. Les résultats partiels de l’analyse ont été présentés le 14 décembre à plus de 120 personnes issues de 70 associations et mouvements de femmes, réunies au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette séance avait lieu dans le cadre de Alterégales, le Parlement des associations féministes et de femmes. Celui-ci a a adopté 17 propositions d’actions visant à lutter contre les violences faites aux femmes. Dans la foulée, l’AJP a proposé 7 recommandations, destinées aux journalistes.

L’analyse

Comment les journalistes parlent-ils des violences contre les femmes ? Sarah Sepulchre, professeure à l’UCL a exposé les premiers résultats de l’analyse médiatique actuellement en cours. L’étude porte sur la presse quotidienne francophone. En voici les premières grandes tendances : les questions de violence contre les femmes font rarement les Unes des journaux, sauf si elles concernent des célébrités. Elles sont le lot de la rubrique « faits divers ». Elles ne font que très rarement l’objet d’analyses : elles ne sont pas examinées comme un problème de notre société, mais bien comme des événements individuels, perpétrés dans un cadre familial ou conjugal. Beaucoup de récits se retournent contre les femmes victimes (passives, connotées négativement). Les auteurs de violence ont des profils paradoxaux (gentils, amoureux, pacifistes…). La violence relatée est celle des milieux défavorisés.

Recommandations de l'AJP pour le traitement des violences faites aux femmes

Martine Simonis, Secrétaire générale de l’AJP, défend les recommandations de l’AJP au PFWB

Au printemps 2018, l’AJP et l’UCL rendront publics tous les résultats de l’analyse. Ces premières tendances, ainsi que des travaux réalisés à l’étranger, ont permis à l’AJP de co-construire, avec des responsables d’associations qui travaillent sur le terrain des violences sexistes, un projet de recommandations destinées aux journalistes.

Le projet de recommandations

La lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par les médias. Un traitement journalistique pertinent, juste, précis, permet de prendre la mesure de l’ampleur de ce phénomène de société et d’en changer l’image dans le grand public pour éviter la banalisation de ces violences et faire en sorte qu’elles ne restent pas impunies. En parler justement et suffisamment dans nos médias soutiendrait ainsi la prévention et la lutte contre ces violences. L’AJP proposera au Conseil de déontologie journalistique et/ou aux rédactions en chef de se saisir de cette question. La rédaction de la RTBF s’est déjà engagée à mieux rendre compte des violences faites aux femmes. 

  1. Traitez les questions de violences faites aux femmes non pas comme des « faits divers », mais bien comme un grave problème de notre société
  • Rappelez les chiffres et statistiques disponibles. Donnez la parole à des experts et expertes sur le sujet, notamment en provenance des organisations qui soutiennent les femmes victimes de violences.
  • Rappelez les dispositions juridiques à l’égard des victimes de violences, notamment certains articles du code pénal y faisant référence. 
  • Identifiez les acteurs par leur genre et nommer les violences machistes pour ce qu’elles sont.
  1. Soyez attentif et attentive au choix des mots et des images
  • Le vocabulaire utilisé pour parler des questions de violences contre les femmes n’est pas neutre. Certains mots blessent et rendent invisible, minimisent, moquent, banalisent ou encore tronquent la réalité des violences.
  • Une attention particulière doit être accordée à la titraille ainsi qu’au choix des illustrations.
  1. Évitez la victimisation secondaire

Les femmes ne sont pas responsables des violences qu’elles subissent. Les auteurs de violences n’ont pas à être « excusés » par leurs sentiments (passion, amour, etc.) ni leurs actes minimisés ou traités de manière « romantique ». La victimisation secondaire peut également provenir de la diffusion de contenus dégradants. 

  1. Réfléchissez à la pertinence d’éléments de détails

Les précisions portant sur les vêtements, le physique ou les habitudes de vie de la victime, qui induisent qu’elle peut être responsable de son agression doivent être évitées. Même si ce sont des informations qui sont délivrées par la police, le parquet ou un juge d’instruction pour la compréhension du dossier, elles n’ont pas la même signification sous la plume d’un journaliste. Il convient d’y être attentif, d’utiliser des guillemets ou de s’abstenir de les diffuser.

  1. Respectez les demandes des victimes

Veillez à respecter la vie privée des victimes, leurs souffrances et leur dignité. Les victimes doivent être respectées dans leur choix de rester anonymes ou au contraire, de parler à visage découvert.

  1. Les victimes ne sont pas des personnes passives

Il est utile de relater ce que les victimes ont mis en place pour se défendre et tenter d’échapper à leur agresseur, de ne pas seulement les présenter comme des victimes passives.

  1. Utilisez les expertises de terrain et les ressources disponibles

Les associations d’aide et de soutien aux femmes victimes de violences disposent d’une expertise de terrain importante. N’hésitez pas à y recourir pour contextualiser vos reportages.

De nombreuses ressources existent également sur Internet

En cas de violences conjugales, il peut être très utile de rappeler le numéro vert d’écoute et de soutien (0800 30 330).

En cas de violences sexuelles, il peut être opportun d’ajouter le numéro vert 0800 98 100. Ce numéro gratuit permet une écoute anonyme et un soutien aux victimes d’agression sexuelle mais également à toute personne concernée par cette problématique.

Documents similaires à l’étranger :

Charte médias français Collectif Prenons la Une – 2016.

Charte espagnole (2008) – Pilar Lopez Diez, professeure à l’université Complutense de Madrid et chercheuse en «Politiques de genres et moyens de communication» à l’Instituto de la Mujer.

Recommandations de la fédération Internationale des Journalistes (FIJ).