Actus

Pourquoi les journalistes de l’Avenir font grève

14/02/2019

Non-respect des conventions, licenciements secs, liste noire : cette fois, les journalistes sont en grève.

L'Avenir en grève

60 journalistes de L’Avenir ont sensibilisé le Gouvernement wallon au Salon des mandataires

Les rédactions de L’Avenir sont à l’arrêt ce 14 février 2019, il n’y aura donc pas de journal demain. La grève a été votée lors d’une Assemblée générale initiée par l’AJP et la société des rédacteurs (SDR) mardi dernier. Et les journalistes ont aussi décidé de mener simultanément des actions, dont la première a eu lieu ce matin à Marche, au Salon des mandataires (photo) : 60 journalistes de L’Avenir ont sensibilisé le Gouvernement wallon qui y tenait réunion, ainsi que les très nombreux mandataires locaux présents. Un monde politique wallon très à l’écoute et qui dans sa grande majorité, au-delà des clivages de partis, soutient les revendications des rédactions de L’Avenir. Le débat d’actualité au Parlement wallon mardi matin est encourageant sur ce point (à visionner ici, à partir de 3.50h).

Les licenciements secs

Le conflit s’est durci ces derniers jours, et pour cause : la direction de L’Avenir a décidé de passer à l’étape « licenciements secs », départs forcés qui ne visent que des journalistes… Pourtant, le plan social auquel tout le personnel avait donné son aval en décembre dernier, à 84 % des votants, excluait toute possibilité de licenciements forcés, mais prévoyait seulement des départs volontaires et des RCC (prépensions). Et les responsables syndicaux (dont trois permanents) ont rassuré le personnel : il n’y aura aucun licenciement sec. Alors pourquoi est-ce tout à coup possible ? Parce que, et l’on vient seulement de s’en rendre compte, le texte des conventions a été modifié après cette AG de décembre,  pour y intégrer une clause permettant à la direction de procéder à de tels licenciements secs « dans les rédactions ».  Clause qui n’a évidemment  jamais été communiquée au personnel, ni par la direction, ni par les responsables syndicaux, que l’on n’a d’ailleurs plus jamais vus dans l’entreprise. Alors qui a trompé qui ?  Il est évident que le personnel n’aurait jamais donné son aval à un plan social prévoyant des licenciements secs…

Liste noire

C’est tout sauf une rumeur. À L’Avenir, de nombreux journalistes ont pris des risques : celles et ceux qui ont couvert les dossiers Publifin, Nethys, Moreau, etc…  Qui se sont opposés à Philippe Lawson, parachuté Directeur des rédactions par l’actionnaire et désavoué par les rédactions. Qui ont couvert avec intelligence, impertinence et professionnalisme leur propre conflit dans leurs propres pages, une grande première dans l’histoire sociale de nos médias. Qui ont refusé d’obéir aux ordres. Qui ont dénoncé jusqu’au Parlement l’inertie et l’amateurisme de leur actionnaire. Pour l’actionnaire, il y a de quoi faire une longue liste d’indésirables. Et sauf si elle change d’avis, la direction communiquera cette liste ce jour à la Commission chargée de lui accorder la reconnaissance d’entreprise en restructuration…

Non respect des conventions AJP

A L’Avenir, la situation barémique et les conditions de travail des journalistes des Éditions de l’Avenir sont réglés par une convention spécifique signée le 19 juillet 2017 entre l’AJP et la direction, intégrée par avenant dans les contrats de travail. Cette convention de 2017 comporte également des dispositions en cas de rupture des contrats de travail. Ces dispositions ont, lors de la négociation du plan de restructuration, été soit ignorées, soit appliquées à la carte, de manière incomplète ou partielle.

Il en résulte que très peu de journalistes (moins de 10) se sont inscrits dans le plan de départ en RCC ou en « départs volontaires », en raison des pertes financières qui découlent de la violation de leurs conditions conventionnelles. L’AJP, qui n’a ni négocié ni signé le plan de restructuration, a rencontré longuement la direction pour obtenir  qu’elle respecte les conventions signées par elle un an et demi plus tôt. Jusque-là, sans succès. Dire que la confiance est rompue est un sympathique euphémisme. Alors les journalistes se sont résolus à ce qu’ils avaient voulu éviter jusque-là : faire grève.

Quelle sortie de crise ?

Avec un peu de bonne volonté, la paix sociale pourrait pourtant revenir très vite : une quinzaine de journalistes, en plus de la petite dizaine déjà connue, sont en effet candidats à la RCC ou au départ volontaire si les conventions AJP sont respectées. La direction le sait et la balle est dans son bureau.

L’AJP l’a aussi formellement mise en garde  contre toute velléité de licenciements ciblés à l’égard de certains de ses membres, ou de ses délégués ou de représentants de la SDR.  Il est à craindre que la volonté de l’actionnaire de forcer des licenciements secs – en empêchant toute discussion sur la légalité des conditions de RCC et départs volontaires actuels – a précisément pour but d’ouvrir un large champ arbitraire de « nettoyage » des rédactions…

M.S.