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Précarité, charge mentale, manque de perspectives : les facteurs qui poussent les femmes à sortir du journalisme

14/12/2018
Présentation de l'étude Etre femme et journaliste

Florence Le Cam (à droite) et Manon Libert présentent les résultats de la recherche

Elles sont plus diplômées que leurs confrères, elles sont plus nombreuses à sortir des études de journalisme et à entrer dans la profession et pourtant : les femmes sont toujours minoritaires dans la profession de journaliste, et la tendance n’évolue que lentement.

L’étude menée par Florence Le Cam, Lise Ménalque (ULB) et Manon Libert (UMons) pour l’AJP est partie à la recherche des facteurs qui expliquent leur carrière plus courte (en moyenne 17 ans, contre 22 pour les hommes).

Si la précarité de l’emploi et le manque de perspectives d’évolution sont ressentis aussi comme problématiques par les hommes, ils pèsent particulièrement sur les femmes, et participent souvent de leur décision de quitter la profession. « Si je n’arrive pas déjà un payer juste pour vivre tout court, comment je peux envisager des projets d’une manière ou d’une autre ? Même juste partir en vacances à deux, je n’arrivais pas à imaginer », a témoigné l’une d’elle.

Une difficulté rencontrée plus particulièrement par les femmes, c’est la charge mentale, ce poids qui résulte de l’obligation de gérer vie professionnelle et vie privée. Les femmes journalistes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à ne pas avoir d’enfants (40% contre seulement 24% pour les hommes). Mais si elles ont des enfants, ou prévoient d’en avoir, la combinaison entre vie professionnelle et vie privée devient très lourde, voire impossible, à gérer. Culpabilité de penser à leurs enfants pendant le travail, et de penser au travail quand elles s’occupent de leur famille, sensation de devoir se justifier ou de prouver encore plus ses compétences, voire mise sur une voie de garage après une grossesse…

Autre constat inquiétant : 40,5% des femmes disent avoir déjà été victimes de harcèlement moral, contre 25% des hommes. Elles sont aussi 11% à avoir déjà subi du harcèlement sexuel, alors qu’aucun homme n’a indiqué en avoir subi.

Peu de prise de conscience des responsables

Ces sources de souffrance au travail, les responsables de rédaction en semblent peu conscients. Ils oscillent en permanence entre des postures différentes qui reconnaissent l’importance du genre et les difficultés à être femmes dans le journalisme, tout en développant une vision essentialiste de leurs employées quant à leur émotivité, leur charge mentale, la nécessité qu’elles ont de déployer plus d’énergie dans la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie privée et des difficultés qu’elles ont à évoluer dans leur carrière. Ils justifient aussi les pressions organisationnelles en parlant de la dureté du milieu, de la compétition entre les journalistes, des conditions difficiles que connaissent les médias.

Les deux panels organisés lors de la journée d’étude de ce vendredi ont permis de constater que le journalisme n’est pas le seul secteur où l’on constate des différences genrées et des violences organisationnelles. Les avocates, les chercheuses et les femmes politiques connaissent elles aussi des inégalités salariales, des problèmes pour progresser dans leur carrière ou des situations de sexisme plus ou moins prononcé.

L’étude présentée ce vendredi sera le point de départ d’une campagne de deux ans pour améliorer les conditions de travail des journalistes hommes et femmes et mieux armer les femmes journalistes pour réagir aux situations de sexisme et de harcèlement. Cela passera notamment par une sensibilisation des responsables de rédaction à ces questions et par l’application d’une politique « zéro sexisme » dans le secteur.

S.L.

Retrouvez l’intégralité de l’étude sur notre site.