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Sexisme, violences et médias : il y aura un « après affaire Weinstein »

19/04/2018

Les participants, de gauche à droite : Pauline Verduzier, Nicolas Léonard, Sarah Sepulchre (UCL), Pamela Morinière, Christophe Berti et Jean-Pierre Jacqmin

Comment les rédactions peuvent-elles traiter au mieux la violence faite aux femmes ? Ont-elles déjà commencé à réfléchir à ces violences sexistes et aux relations hommes-femmes ? Ces questions, et d’autres, étaient au cœur d’un débat, jeudi 19 avril, organisé à Bruxelles à l’occasion de la présentation de l’étude sur le traitement médiatique des violences faites aux femmes. Réalisée par l’UCL à la demande de l’Association des journalistes professionnels (AJP), l’étude a été prolongée par des recommandations aux journalistes à propos de ces questions.

Modéré par Pamela Morinière (FIJ), le débat rassemblait plusieurs responsables de rédaction et la journaliste française Pauline Verduzier, membre du collectif « Prenons la une ». D’emblée, Jean-Pierre Jacqmin (RTBF), Christophe Berti (Le Soir) et Nicolas Léonard (Sudpresse) le reconnaissent : il y a eu un « avant » et un « après » affaire Weinstein. « Secousse énorme » à la RTBF, moteur pour chercher des faits similaires au Soir, occasion de s’interroger dans les différentes éditions du groupe Sudpresse sur la façon de couvrir ce genre de faits, le scandale sexuel entourant le producteur hollywoodien n’a pas fini d’avoir des répercussions.

Des mesures en interne et dans l’information

La RTBF a entamé depuis plusieurs mois un travail de réflexion et d’actions concernant la représentation des femmes dans ses informations – elle est d’ailleurs partenaire de l’AJP pour le répertoire Expertalia. Elle a même nommé une responsable de la diversité et de l’égalité, Safia Kessas.

Le Soir aussi a intensifié sa couverture des thèmes de société tels que le féminisme, le consentement, l’égalité femmes-hommes, etc. Le groupe Sudpresse, quant à lui, a mené une réflexion sur la façon dont sont rapportés les faits divers, son cœur de métier.

Mais en interne aussi, les choses bougent. Les propos sexistes sont moins tolérés et sont plus systématiquement épinglés, des personnes ressources existent vers qui les victimes de violence ou de harcèlement peuvent se tourner et l’implication des journalistes masculins et féminins dans la réflexion sur l’égalité hommes-femmes est encouragée.

Pauline Verduzier a souligné l’importance, et la difficulté, de rapporter correctement les violences faites aux femmes. Dans ces matières qui touchent à la vie privée et à l’intime – de la victime et de l’auteur, souvent -, il est primordial de partir d’une plainte ou d’accumuler les témoignages concordants pour bétonner son dossier, a-t-elle souligné. Ainsi, pour une enquête sur la façon dont la police accueille les victimes de viol, elle a expliqué avoir collecté une bonne vingtaine de récits de femmes.

Le débat a également été l’occasion pour les associations féministes et féminines de rappeler leur attachement à une information qui nomme correctement les faits et de poser des questions aux responsables de rédaction.

S.L.

Le site consacré à l’étude et aux recommandations