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La diversité progresse très peu dans la presse quotidienne

06/07/2015

Communiqué de presse de l’Association des journalistes professionnels (AJP)

L’Association des Journalistes professionnels (AJP), en présence de la ministre Isabelle Simonis (Egalité des chances, Droits des femmes et Jeunesse) et du ministre Jean-Claude Marcourt (Médias), a présenté ce lundi 6 juillet 2015 les résultats de deux nouvelles études portant sur la presse quotidienne.

COVER étude jeunescover Diversite2015sansVernisLa première analyse les contenus de nos journaux en matière de diversité : sexe, âge, origine, professions, handicap.

La deuxième est centrée sur la présence et l’image des jeunes dans les journaux. Elle est accompagnée d’un Guide de bonnes pratiques.

 

Ces deux études ont été réalisées par l’AJP, qui complète ainsi les travaux qu’elle a déjà menés en la matière (trois études entre 2011 et 2014 portant sur la place des femmes dans l’info (GMMP), la diversité en presse quotidienne, et la diversité dans la profession de journaliste. Téléchargeables sur le site de l’AJP).

>> Télécharger l’Étude de la diversité et de l’égalité dans la presse quotidienne belge francophone

>> Télécharger l’Étude de l’image et de la représentation des jeunes dans la presse quotidienne belge francophone

La diversité : après 3 ans, peut-on parler d’évolution ?

Cette étude a été réalisée une première fois en 2011. Il était important, trois ans plus tard, d’examiner l’évolution de la diversité dans nos principaux quotidiens (Le Soir, La Libre, La Dernière Heure, L’Avenir, Sudpresse, Metro).

Les résultats de l’analyse portant sur 2013-2014, confirment les grandes tendances dégagées de la première étude et montrent quelques rares changements. Ces derniers, quand ils ne sont pas liés aux différences entre les échantillons, indiquent des évolutions parfois positives qu’il est nécessaire de pointer et d’encourager.

SEXE : les femmes toujours sous-représentées et dans des rôles principalement passifs

  • Les femmes représentent toujours moins de 18% des intervenants (17,31%). Elles sont pourtant 51% de la population belge.
  • Elles gagnent environ 4% de présence dans les thématiques politiques et économiques.
  • Il y a un traitement médiatique différencié entre hommes et femmes en matière d’identification : là où les hommes sont souvent bien identifiés (ils forment 84% des identifications complètes – nom, prénom et profession), les femmes ne bénéficient pas de ce traitement : c’est dans l’identification par le seul prénom que la part de femmes est la plus importante (41%).
  • C’est dans les rôles passifs que les journaux leur accordent le plus de place : 28% de femmes « figurantes individualisées ». On ne constate aucune évolution de la présence des femmes dans les rôles d’experts et de porte-parole, occupés par des hommes à 86%, comme en 2011.
  • La parité de présence hommes/femmes se retrouve dans une seule catégorie d’âge, les 13-18 ans. Partout ailleurs, les femmes disparaissent de l’info.

ORIGINE : une progression relative

  • Il y a deux fois plus de non-blancs dans l’étude de 2015 (33%) que dans l’étude de 2011 (17%). Au-delà d’un phénomène d’échantillon, on peut observer plusieurs évolutions.
  • L’identification de l’origine s’est faite 4 fois sur 5 grâce aux photos des intervenants. On constate qu’il y a moins d’intervenants perçus comme blancs en photo (de 90% en 2011 à 75%).
  • L’information internationale représente 44% de l’ensemble de l’information. Et c’est dans cette catégorie que la part de non-blancs a le plus augmenté : 29% en 2011 contre 44% en 2015. L’information locale (26% de non-blancs perçus) est plus diversifiée en origines que l’information nationale (22% de non-blancs perçus).
  • La diversité d’origine a quasi doublé dans les rôles actifs, comparativement à l’étude menée en 2011 : on passe de 16% à 29% de porte-paroles perçus comme non-blancs, et de 6% à 14% d’experts perçus comme non-blancs.
  • 56% des intervenants auteurs d’actes répréhensibles dont l’origine est identifiable sont perçus comme non-blancs.

Catégories socioprofessionnelles (CSP): très peu de diversité

  • 56% des CSP associées aux intervenants sont des CSP supérieures. On trouve une forte part de sportifs : 29% de sportifs parmi les 38% que représentent les professions intermédiaires.
  • Il y a peu de visibilité des autres catégories de CSP qui, ensemble, ne représentent que 5%.
  • Les CSP supérieures monopolisent presque toutes les rubriques d’information.

Âge : la parole et l’identification aux adultes

  • Les seniors de plus de 65 ans et les jeunes de moins de 18 ans sont en sous-représentation d’une dizaine de points par rapport aux chiffres de la population.
  • L’identification de l’intervenant est liée à son âge : plus l’individu est jeune, moins il est identifié, ou uniquement par son prénom.
  • Plus un intervenant est âgé et plus il est interviewé.

Handicap : une quasi absence des personnes handicapées

  • 0,16% de personnes présentant un handicap ont été identifiées. Il s’agit de la catégorie « oubliée » par la presse, une minorité invisible.

Les jeunes : quelle place et quelle représentation ?

Les jeunes sont-ils présents dans l’info quotidienne ? Dans quels rôles ? Les questions de représentation de la jeunesse dans les médias sont un point central des questions liées à la diversité. Cette étude analyse quantitativement et qualitativement l’image des jeunes dans la presse quotidienne.

Les enfants et les adolescents : en sous-représentation

  • Les enfants de 3-12 ans sont en sous-représentation dans la presse quotidienne (11%, alors qu’ils sont 34% dans la population belge). C’est aussi le cas pour les jeunes de 13-18 ans (21%, alors qu’ils sont 13%). Les 19-25 ans sont par contre en surreprésentation relative dans la presse (19%), tout comme les 26-30 ans (16%), alors qu’ils ne forment respectivement que 8% et 6% de la population.
  • Les jeunes de 3 à 30 ans sont présents dans 24% des articles de presse quotidienne. Ils apparaissent principalement dans les articles à thématique sportive (50%).
  • Une grande part des intervenants (49%) rencontrés provient de l’information locale.

L’identité des jeunes

  • Les intervenants jeunes dans la presse sont en majorité masculins(70%, contre 30% de femmes). Les plus proche de la parité des sexes sont les 13-18 ans (54% de garçons, 49% de filles).
  • 39% des intervenants dont l’origine est identifiable sont perçus comme non-blancs.
  • 69% des jeunes occupant une profession appartiennent aux professions intermédiaires (dont 99% sont des sportifs).
  • 0,51% des jeunes identifiés présentent un handicap, ce qui reste peu mais est plus que ce que l’on trouve pour toutes les autres catégories d’âge.
  • Les plus jeunes (3-12 ans et 13-18 ans) sont les moins identifiés et les moins mentionnés de manière complète (nom+prénom ou nom+prénom+profession).

La parole des jeunes

  • Les jeunes s’expriment peu en presse quotidienne (seulement 18%). Plus l’intervenant est jeune, moins il est interviewé (de 11% pour les 3-12 à 27% pour les 26-30 ans).
  • Plus il est âgé, plus la parole du jeune occupe de l’espace rédactionnel (en moyenne 11% de l’article pour les 3-12 ans, 48% pour les 26-30 ans).

Les rôles médiatiques et sociaux

  • Rôle social du jeune : quand ils ne sont pas travailleurs (pour ceux entre 19 et 30 ans) ou élèves/étudiants (pour ceux entre 3 et 18 ans), les jeunes sont des usagers ou consommateurs. Ils sont rarement montrés dans une position engagée ou comme acteur de terrain.
  • Si les moins de 18 ans sont le plus souvent connotés négativement (comme « victimes » pour les 3-12 ans et comme « auteurs d’actes répréhensibles » pour les 13-18 ans), les jeunes de 19 à 30 ans sont le plus souvent positivement connotés (la plupart mis en avant pour leur réussite, principalement dans des domaines sportifs).

Un guide de bonnes pratiques pour retisser des liens avec les jeunes

Souvent victimes ou, à l’inverse, délinquants, les jeunes sont rarement montrés dans des rôles sociaux positifs, à l’exception du sport. Anonymes, peu ou mal identifiés, rarement acteurs engagés dans la société, rarement experts ou porte-parole, les jeunes qui ne sont ni sportifs ni délinquants se reconnaissent sans doute très mal dans les pages des journaux.

Comment dès lors les intéresser à ces médias ?

Comment les journaux peuvent-ils approcher autrement la jeunesse, pour en améliorer la représentation collective et interagir davantage avec elle ?

De nombreuses initiatives sont pourtant menées, qui visent à renouer le lien : le Guide de bonnes pratiques qui accompagne cette étude en recense plusieurs, qu’elles émanent de jeunes, de journaux ou d’associations. Mais il ne suffira sans doute pas de la bonne volonté des acteurs ni de l’action de quelques-uns. Il faudrait, et ceci vaut également pour les autres critères de diversité (sexe, origine,…) considérer que la question de la présence et de l’image des jeunes dans les médias est une question centrale de leur évolution, voire de leur survie.Diversité 2015

Une responsabilité qui incombe aux directions éditoriales, aux rédactions en chef et plus largement à tous les journalistes. Cette étude leur donne amplement les constats nécessaires pour stimuler leur action.

La méthodologie de ces deux études a été construite en collaboration avec le CSA.

Les deux études et le Guide bonnes pratiques sont téléchargeables sur le site de l’AJP, ainsi que le folder de présentation des résultats de l’étude « jeunes » : www.ajp.be/diversite

>> Télécharger l’Étude de la diversité et de l’égalité dans la presse quotidienne belge francophone

>> Télécharger l’Étude de l’image et de la représentation des jeunes dans la presse quotidienne belge francophone

>> Télécharger le Guide de bonnes pratiques

>> Télécharger le folder de présentation des résultats de l’étude « jeunes »