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Le traitement médiatique des violences faites aux femmes : une étude et des recommandations aux journalistes

19/04/2018

Comment la presse quotidienne rapporte-t-elle les violences faites aux femmes ? Se limite-t-elle à livrer des faits divers bruts ou prend-elle le temps d’analyser le phénomène ? Ces questions ont alimenté les réflexions de l’Assemblée participative pour les droits des femmes, Alter Egales, une initiative de la Ministre des Droits des Femmes, Isabelle Simonis. L’Association des journalistes professionnels (AJP) a commandé à deux chercheuses de l’UCL une étude[1] dont les résultats sont présentés ce 19 avril 2018.

Les chiffres des violences contre les femmes sont très interpellants : en Belgique, plus d’une femme sur trois de 15 ans et plus a déjà subi des violences physiques et/ou sexuelles[2]. Rien qu’en Wallonie, en 2015, la police a enregistré 16 029 plaintes pour violence dans le couple – soit 44 plaintes par jour !

A l’analyse de 120 articles parus dans six quotidiens francophones belges, des tendances se dessinent :

  • Les violences contre le femmes, quel traitement journalistiqueLes violences faites aux femmes sont traitées majoritairement sous la rubrique « faits divers », souvent sous forme de brèves. Les analyses et les articles sur les violences symboliques (discrimination des femmes sur le marché de l’emploi, par exemple) augmentent à l’approche de jours spéciaux, comme le 8 mars (Journée internationale des droits des femmes) ou le 25 novembre (Journée de lutte contre les violences faites aux femmes).
  • Il est intéressant de noter aussi que, dans plusieurs cas, les analyses plus approfondies sont apportées par d’autres personnes que le journaliste: associations de femmes, représentant-e-s politiques, syndicats, …
  • Quelques constantes : les victimes femmes sont très peu décrites, sauf quand il s’agit de célébrités (on donne alors leur prénom et leur nom). Les auteurs de violences ne sont pas beaucoup plus détaillés, sauf lorsqu’on se retrouve en présence de mères infanticides. Elles font alors l’objet de portraits plus fouillés et les journalistes tentent de comprendre leurs motivations.
  • De manière générale, les raisons invoquées par les auteurs pour justifier leurs violences (ivresse, rupture amoureuse,…) sont reprises telles quelles dans les articles étudiés, sans que le journaliste rappelle qu’il ne s’agit pas d’un motif valable pour agresser ou tuer une femme.
  • L’étude relève aussi que l’écriture journalistique peut être problématique quand elle met en avant des phénomènes anecdotiques (les statistiques des hommes battus) ou quand elle utilise du vocabulaire minimisant les agressions subies (parler de « drôle de mésaventure » à propos d’une tentative d’enlèvement).
  • L’étude constate enfin un fossé énorme entre les faits divers et les articles « société » parlant des violences faites aux femmes. Les faits divers ont le nez sur les faits et parlent de victimes et d’auteurs souvent peu décrits, sans remettre en contexte les violences, tandis que les articles « société » proposent des analyses globales qui sont rarement « incarnées » par des humains reconnaissables. Pour le lecteur, le lien entre les cas individuels et les phénomènes de société est alors gommé.

Les recommandations

Pour aider les journalistes et les rédactions dans leur traitement des violences faites aux femmes, l’AJP a rédigé, sur base des constats de l’étude et des ressources existantes, une série de recommandations rappelant de contextualiser les faits, de choisir soigneusement son vocabulaire ou encore de ne pas hésiter à solliciter les expertises de terrain.

Ces recommandations sont accompagnées d’une série de liens renvoyant vers des ressources utiles (sites proposant des réflexions sur le sujet, chartes concernant le traitement des violences sexistes, etc.)

Le texte complet de l’étude est consultable sur notre site.

Les origines du projet

L’assemblée Alter Égales, lieu de rencontre entre 80 associations féminines et le politique, propose depuis 2015 de réfléchir et travailler à des thématiques liées aux droits des femmes. Le thème retenu en 2017 était le droit à l’intégrité physique et psychique. C’est dans ce cadre que l’AJP a été invitée à participer aux travaux de la sous-commission « Traitement médiatique de la violence faite aux femmes », pilotée par Vie féminine. L’AJP y a proposé d’étudier en profondeur le traitement médiatique de ces questions et de formuler, à l’intention des journalistes, des recommandations déontologiques.

La recherche universitaire a été confiée à Sarah Sepulchre (professeure à l’UCL) et Manon Thomas (chercheuse), encadrées par un comité d’accompagnement composé de l’AJP, du cabinet de l’Égalité des chances, et de trois associations de terrain : SOS Viol, le Collectif des femmes (Louvain-la-Neuve), et Solidarité femmes (La Louvière). Des résultats provisoires ont été présentés au Parlement de la FWB en décembre 2017, ainsi qu’un projet de recommandations aux journalistes. La recherche s’est poursuivie durant le premier trimestre 2018 pour aboutir à l’étude présentée ce jeudi 19 avril 2018.

Fiche technique de l’étude

Corpus étudié : les articles en lien avec les violences contre les femmes dans six titres de la presse quotidienne francophone : Le Soir, Sudpresse, La Libre Belgique, La Dernière Heure, L’Avenir, Metro.

Six jours aléatoires ont été sélectionnés ainsi que six jours « marqués », c’est-à-dire proches des journées internationales ou nationales des femmes et de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes. Ces deux sous corpus permettent la comparaison entre le traitement « de routine » et celui lié aux journées thématiques. Ces 12 jours ont fait l’objet d’un codage, selon une méthodologie proche de celle utilisée pour les précédentes études portant sur la diversité et le genre dans la presse quotidienne. Sur base de ce codage, les chercheuses ont réalisé une analyse quantitative et qualitative.

Le projet a été financé dans le cadre des budgets dédiés aux Droits des femmes du cabinet de la Ministre Isabelle Simonis, de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

[1] La représentation des violences sexistes et intrafamiliales dans la presse écrite belge francophone, Sarah Sepulchre, Manon Thomas, UCL, 2018.

[2] Selon une étude européenne de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE de 2012.

 

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» Télécharger l’étude complète (PDF)