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Les plaintes devant le CDJ : un baromètre de la sensibilité du public

19/04/2017

Davantage, peut-être, que les années précédentes, le rapport 2016 présenté par le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) le 19 avril, révèle des évolutions dans le comportement même du public.

Rapport annuel du Conseil de déontologie journalistiqueAinsi, l’information sur le web vient pour la première fois en tête des objets de plainte. Il s’agit des contenus mis en ligne par les médias traditionnels, cités dans un tiers des plaintes, devant la télévision (19%), les quotidiens papier (18%) puis les périodiques (7%). Le classement témoigne clairement des nouveaux modes de consommation de l’information.

Par ailleurs, 2016 a vu apparaître le phénomène des plaintes collectives, à propos d’un même article. La Une de Sudpresse annonçant une «invasion de migrants» qui menacerait la côte belge a valu au CDJ de recevoir pas moins de 1.008 plaintes. D’autres arrivages groupés, certes plus modestes, sont venus ensuite à propos de deux autres articles (Sudpresse et DH) sur le même sujet, portant le nombre total de plaignants l’an dernier à 1.302 pour 129 plaintes.

Ce phénomène des campagnes orchestrées par les réseaux sociaux n’est pas propre à la Belgique. D’autres conseils de déontologie l’ont connu en Europe, a souligné Muriel Hanot, secrétaire générale du CDJ, et particulièrement l’instance allemande. Le phénomène est sans doute amené à s’épuiser. Il suffit en effet d’une seule plainte recevable pour ouvrir le dossier, et les lecteurs mécontents peuvent parfaitement se regrouper auprès d’un de leur représentant.

Autre constat : les motifs de plaintes révèlent la sensibilité du public bien plus que le comportement réel des médias. Ainsi, la discrimination, la stigmatisation et le non-respect de la vérité ont été largement pointés du doigt en 2016. La crise migratoire et les attentats l’expliquent en bonne partie. Mais l’irruption grandissante du marketing plus ou moins déguisé dans le champ rédactionnel ne fait pas réagir les gens alors qu’elle est patente, relevait Marc de Haan, président du CDJ. Le rapport 2016 de l’instance d’autorégulation est donc davantage un baromètre de ce qui a heurté le public qu’un miroir fidèle des errements médiatiques.

Quant aux errements du public dans les forums de discussions, Muriel Hanot a souligné l’efficacité du système « Moderatus » adopté par la presse quotidienne (voir Journalistes de février 2017). « Il y a clairement un avant et un après Moderatus » observe-t-elle, en souhaitant que d’autres éditeurs s’y abonnent.

En chiffres

129 plaintes ont été enregistrées en 2016. Un record. 46 étaient irrecevables.

Sur les 76 dossiers ouverts (49% de + qu’en 2015), 11 se sont clôturés par médiation, 27 ont abouti à un avis, 9 ont été classés sans suite et 29 sont toujours en cours.

23 dossiers ouverts concernaient Sudpresse et 18 la RTBF. « On se gardera cependant d’en déduire qu’il y a là un problème systématique en terme de respect de la déontologie, note le rapport. Des facteurs divers peuvent en effet expliquer des signalements plus nombreux, comme un taux de circulation plus important des médias et/ou une exigence plus forte envers la marque. »

Les normes déontologiques les moins évoquées (0,40% de fois) dans les plaintes recevables sont l’indépendance du journaliste, le plagiat, le conflit d’intérêt et la confraternité.

39 avis ont été rendus (dont 12 sur des plaintes de 2015).

51% de ces avis ont déclaré la plainte fondée.

J.F.Dt

(Le rapport est en ligne sur www.lecdj.be )