La lutte contre les violences faites aux femmes passe (aussi) par les médias

Un traitement journalistique pertinent permet de prendre la mesure de ce phénomène de société et d’en changer l’image dans le grand public. En parler justement et suffisamment dans nos médias peut réellement contribuer à la prévention et à la lutte contre ces violences.

Trouver les mots pour le dire, bien choisir son angle

Certains mots peuvent entraîner une « victimisation secondaire ». Ou encore perpétuer des stéréotypes qui tronquent la réalité. L’absence de mots fait elle aussi des dégâts en rendant invisibles des réalités inacceptables. L’assassinat d’une femme par son mari violent n’est pas un « drame familial ». Le viol d’une femme par son supérieur hiérarchique n’est pas un simple « abus de pouvoir ». Il est essentiel de nommer les violences faites aux femmes pour ce qu’elles sont : des violences sexistes ou encore des violences de genre. Les violences contre les femmes ne sont pas une « affaire privée ». Les auteurs de violences n’ont pas à être « excusés » par leurs « sentiments ». Il appartient aux rédactions d’arrêter une ligne rédactionnelle claire et attentive aux enjeux de société que l’ampleur du phénomène des violences sexistes révèle.

Recommandations aux journalistes

  1. 1. Traitez les questions de violences faites aux femmes non pas comme des « faits divers », mais bien comme un grave problème de notre société

    • Rappelez les chiffres et statistiques disponibles. Donnez la parole à des experts et expertes sur le sujet, notamment en provenance des organisations qui soutiennent les femmes victimes de violences.
    • Rappelez les dispositions juridiques, notamment certains articles du code pénal.
    • Identifiez les acteurs par leur genre et nommez les violences machistes pour ce qu’elles sont.
  2. 2. Soyez attentif-ve au choix des mots et des images

    • Le vocabulaire utilisé pour parler des questions de violences contre les femmes n’est pas neutre. Certains mots blessent et rendent invisible, minimisent, moquent, banalisent ou encore tronquent la réalité des violences.
    • Une attention particulière doit être accordée à la titraille ainsi qu’au choix des illustrations.
  3. 3. Évitez la victimisation secondaire

    • Les auteurs de violences n’ont pas à être « excusés » par leurs sentiments (passion, amour, etc.) ni leurs actes minimisés ou traités de manière « romantique ». La victimisation secondaire peut également provenir de la diffusion de contenus dégradants.
  4. 4. Réfléchissez à la pertinence d’éléments de détails

    • Les femmes ne sont pas responsables des violences qu’elles subissent. Les précisions portant sur les vêtements, le physique ou les habitudes de vie de la victime, qui induisent qu’elle peut être responsable de son agression doivent être évitées. Même si ce sont des informations délivrées par la police, le parquet ou un juge d’instruction pour la compréhension du dossier, elles n’ont pas la même signification sous la plume d’un journaliste. Il convient d’y être attentif-ve, d’utiliser des guillemets ou de s’abstenir de les diffuser.
  5. 5. Respectez les demandes des victimes

    • Veillez à respecter la vie privée des victimes, leurs souffrances et leur dignité.
    • Les victimes doivent aussi être respectées dans leur choix de rester anonymes ou au contraire, de parler à visage découvert.
  6. 6. Les victimes ne sont pas des personnes passives

    • Il est utile de relater ce que les victimes ont mis en place pour se défendre et tenter d’échapper à leur agresseur, de ne pas seulement les présenter comme des victimes passives.
  7. 7. Utilisez les expertises de terrain et les ressources disponibles

    • Les associations de soutien aux femmes victimes de violences disposent d’une expertise de terrain importante. N’hésitez pas à y recourir pour contextualiser vos reportages.

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