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Les journalistes d’images souvent pris pour cibles en 2011

04/01/2012

La Fédération internationale des journalistes (FIJ), Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Press emblem campaign (PEC) ont publié leur bilan respectif du nombre de victimes parmi les journalistes en 2011. Si la méthode de comptage diffère d’une organisation à l’autre, un constat partagé : les journalistes ne sont pas les seuls visés.


Lucas Mabrouk Dolega

Le photojournaliste français Lucas Mebrouk Dolega parmi les nombreuses victimes de 2011. Photo : Corentin Fohlen/Image Globe

La liberté de la presse ne s’est pas mieux portée en 2011 qu’en 2010. La Fédération internationale des journalistes (FIJ), en collaboration avec l’Institut pour la sécurité dans le journalisme (News Safety Institute – INSI), a dénombré 106 journalistes et membres du personnel de médias tués en 2011 (contre 94 l’année précédente). 20 autres professionnels ont été victimes de désastres naturels. « La violence ne cible pas uniquement les journalistes, souligne la FIJ, mais aussi leurs collègues dans tous les secteurs d’activités médiatiques, notamment les cameramen, les chauffeurs, les facilitateurs ainsi que le personnel d’appui.(…) La liste de cette année confirme que les journalistes sont parmi les principales victimes de la violence dans les conflits armés, les tensions ethniques et religieuses ou les soulèvements politiques. »

Une culture de l’impunité

L’Irak, le Pakistan et le Mexique sont les pays les plus dangereux pour les journalistes : la FIJ a répertorié 11 victimes dans chacun de ces pays. Suivent les Philippines, la Libye et le Yémen (6 victimes chacun) ; puis le Honduras et l’Inde (5 victimes chacun). Les régions les plus meurtrières du globe ont été, en 2011, le Moyen-Orient et le monde arabe avec 32 victimes. La FIJ dénonce « la culture de l’impunité qui s’est fermement ancrée dans plusieurs parties du monde« , qui a contribué à l’augmentation du meurtre de journalistes. C’est pourquoi aussi, elle vient d’interpeller le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, « pour qu’il prenne des mesures énergiques contre les gouvernements des pays les plus dangereux au monde. »

Un nombre d’arrestation record

Si la FIJ a attendu le dernier jour de l’année pour publier son martyrologe, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) publiait, le 21 décembre, les dix lieux qu’elle considère comme les plus dangereux pour les journalistes en 2011. A noter que les chiffres de RSF tiennent également compte des cas d’arrestations, d’agressions, de menaces, d’enlèvements, d’actes de censure ou encore de fuites de journalistes. RSF dénombre 66 journalistes tués en 2011 (+16% par rapport à 2010) et, précise-t-elle, cette donnée ne concerne que les journalistes ayant perdu la vie en raison de leur activité professionnelle et dont les faits sont établis de manière avérée.

Tous les indicateurs relevés par RSF sont en nette augmentation par rapport à 2010 avec 1.044 arrestations de journalistes (+95%), 1.959 cas d’agression ou de menaces (+43%) et 71 enlèvements (+31%). L’organisation, qui défend aussi la liberté d’expression sur internet, relève encore que cinq net-citoyens ont été tués en 2011, « dont trois pour le seul Mexique« .

Le Pakistan, pays le plus dangereux

Pour le Comité de protection des journalistes (CPJ), qui dénombre 43 victimes en 2011 parmi les journalistes, la palme du pays le plus dangereux revient au Pakistan pour la deuxième année consécutive. Le CPJ constate en outre que les meurtres ciblés de journalistes ont diminué, tandis que « les décès au cours de missions dangereuses, telles que la couverture de manifestations de rue, ont atteint un record jamais enregistré » (16 victimes). Le CPJ souligne que les photojournalistes ont subi de lourdes pertes en 2011 : « les photographes et les caméramans constituent environ 40% des victimes« . On se souviendra notamment de Lucas Mebrouk Dolega (32 ans), photographe français de l’agence EPA qui a perdu la vie en janvier 2011 à Tunis ; et de Tim Hetherington (40 ans), lauréat du prestigieux concours de photographie World Press Photo, mort en Lybie le 20 avril 2011. Mais il y en eût d’autres.

L’organisation Press emblem campaign (PEC), fondée par un groupe de journalistes en 2004 et dont le siège est établi à Genève, a quant à elle dénombré un total de 106 journalistes tués en 2011.

Malgré les disparités des données fournies par les différents défenseurs de la liberté de la presse – résultant de réseaux et méthodologies différents dans le cadre de la collecte et du traitement de données –, l’année 2011 apparaît comme l’une des plus noires pour la liberté de la presse dans le monde depuis dix ans. Une de plus.

L. D.