En Fédération Wallonie-Bruxelles, un intervenant sur cinq est une femme

Seul 21% des personnes identifiées (vues ou interrogées) dans les médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont des femmes. Cela représente une régression par rapport aux résultats obtenus lors du GMMP 2010 qui n’en comptait déjà que 28%. Qu’en est-il de la moyenne mondiale?

SynthèseLe 25 mars 2015 a servi de jour « témoin » à la cinquième édition du Global Media Monitoring Project (GMMP). Il s’agit d’une recherche scientifique internationale ayant pour objectif de déterminer l’ampleur et la qualité de la présence des femmes dans les médias à travers le monde, ainsi que les rôles médiatiques attribués à ces dernières.

Les résultats mondiaux (pour l’ensemble des 114 pays participants) montrent qu’entre 1995 (année du premier GMMP) et 2010, bien que lente, une progression constante avait pu être observée dans la présence des femmes dans les médias1. Cinq années après la dernière édition, on ne constate en revanche aucune progression puisque les résultats pour 2015 stagnent à 24%. Une moyenne mondiale identique à celle des médias actifs chez nous puisque la moyenne belge est également de 24%.

Une deuxième édition

L’édition 2010 du GMMP représentait la première participation de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la recherche. De 1995 à 2005, les résultats pour la Belgique ne reprenaient que les données de la partie néerlandophone du pays. Pour cette deuxième édition francophone, une équipe de 19 spécialistes (provenant d’universités, d’union professionnelle de journalistes, d’association féministe d’éducation permanente, etc.) s’est impliquée.

En Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB)

L’analyse menée en FWB repose sur 211 items (articles, reportages,…) au total. Il s’agit d’une journée d’information quelque peu atypique au vu de l’évènement exceptionnel que constitue le crash d’un avion A320 de la compagnie Germanwings dans les Alpes françaises. Le corpus compte des données issues de la télévision, de la radio, de la presse, et, pour la première fois, des données issues de médias en ligne (Internet et Twitter).

Les grandes tendances du GMMP 2015 dans les médias «traditionnels»

Globalement, les médias « tradition­nels » (télévision, radio et presse écrite) sous-représentent toujours les femmes :

? Les femmes représentent 21% des per­sonnes identifiées (interrogées, vues ou lues) dans les médias en FWB. C’est moins qu’en 2010 où les femmes étaient 28%. Si, à l’époque, les résultats pour le sud du pays étaient de 5% supérieurs à ceux du côté néer­landophone, en 2015 la tendance s’inverse: la moyenne néerlandophone est de 27% (6% de plus que la moyenne francophone) et permet à la Belgique d’égaler la moyenne mondiale de 24%. Malgré tout, ces chiffres sont faibles par rapport à la réalité de notre société et on reste loin d’une représentation égalitaire.

Synthèse

? C’est toujours la télévision qui médiatise le plus les femmes (27%) en FWB. Par contre, en presse écrite, il n’y a que 16% de femmes présentes dans l’information.

? Les femmes sont absentes des thématiques scientifiques et de santé. On en trouve éga­lement peu dans la catégorie « hard news » que constitue l’information politique (15%).

? En FWB, les femmes sont surtout visibles dans les thématiques d’information « célébri­tés, médias et sports » (34%), «économie» (30%) et « crimes et violence » (25%). On ne trouve de parité dans aucune des théma­tiques d’information.

? Le rôle de « porte-parole » est principale­ment occupé par des hommes. Par rapport au GMMP 2010, les femmes sont encore moins nombreuses à occuper ce rôle médiatique: 19%, contre 25% en 2010. La moyenne mon­diale d’occupation de cette « fonction » par les femmes est de 20%.

? Le rôle d’ « expert » présente la baisse la plus importante : on y passe de 26% à 9% de femmes en FWB. Bien que l’actualité du crash d’avion en France peut en partie expliquer ces résultats, cela reste tout de même en-dessous de la moyenne en observée en Flandre (15%) et de la moyenne mondiale située à 19%. À titre de comparaison, en Amérique du Nord, les femmes interrogées en qualité d’expertes représentent 32% des intervenants.

? C’est l’information locale qui donne le plus de visibilité aux femmes (38% de femmes, contre 62% d’hommes).

On constate une relative surrepré­sentation des femmes journalistes en FWB :

? Les signataires «journalistes» du corpus GMMP sont à 42% des femmes en FWB. On passe, pour l’ensemble de la Belgique, de 29% (2010) à 39% (2015) de signataires femmes. Si l’on met ces résultats en perspec­tive avec les chiffres réels de la profession, ils leurs sont supérieurs : la part de femmes journalistes professionnelles est passée de 30% (2010) à 33% (2015) en Fédération Wal­lonie-Bruxelles.

? Les femmes journalistes traitent surtout les sujets en lien avec le « social» et le «droit » (57%).

? Les journalistes de sexe féminin média¬tisent plus souvent des sources féminines (24%) dans l’actualité que les journalistes de sexe masculin (20%).

Qu’en est-il pour les médias en ligne ?

? Du côté francophone, on relève 22% de femmes présentes dans les médias d’information en ligne, pour l’ensemble de la Belgique (20% en FWB et 24% dans les médias néerlandophones). Le résultat du côté francophone est en-dessous des résultats récoltés sur les autres supports d’informations (télévision, radio, presse écrite).

On relève 20% de femmes journalistes signataires dans les médias en ligne (Internet et Twitter). La moyenne pour la Belgique est de 22% de femmes et 88% d’hommes signataires, ce qui est inférieur à la moyenne mondiale de 26%.

Une réalité chiffrée et objectivée enrichie par un approfondissement qualitatif

Les analyses de cas réalisées dans le volet qualitatif de l’étude viennent confirmer certaines des observations faites dans la partie quantitative :

? La brièveté de certaines informations entraîne un gommage de spécificités ou références « genrées ». Les conditions de productions journalistiques peuvent expliquer en partie certaines occasions manquées d’enrichir l’information par un angle « féminin » ou qui développe la question du genre.

? Les femmes semblent écartées des rôles médiatiques relevant de l’expertise. Que ce soit dans des domaines techniques (comme on a pu l’observer dans les articles et billets traitant du crash de l’avion) ou encore sur des questions qu’une expertise féminine pourrait enrichir.

? Les femmes font partie intégrante des choix journalistiques quand il s’agit de couvrir et d’illustrer la dimension émotionnelle des actualités. La victimisation est donc plus subtile, notamment par le biais des images, que clairement explicitée dans les termes employés.

? C’est là toute la force des images qui, à première vue, ne semblent pas empreinte de stéréotypes. Mais qui, dans la construction du récit par « image + histoire » contribue à une représentation orientée d’une certaine catégorie d’intervenants (à savoir les femmes).

? Être attentif à l’iconographie et aux images qui construisent l’information constitue l’une des recommandations pouvant être faite aux journalistes.

? Comparer le traitement du crash de l’avion en France (évènement ayant eu un écho particulièrement fort dans les médias européens) par des médias allemands, espagnols, ou encore français et faire un parallèles entre les différentes pratiques journalistiques serait intéressant.


1. Le pourcentage de femmes dans les médias à travers le monde est passé de 17% en 1995 à 24% en 2010 (soit une augmentation de 7 points en 15 ans).